Les pauvres riches 2

11 août 2009

« Le peuple québécois […] critique pour la forme mais accepte tout ça sans broncher. »

Cette lettre encercle au feutre rouge le gros défaut des Québécois. C’est pour cette raison que je l’ai publié ici.

Nous sommes bien drôle, les Québécois. On chiale, on chiale, puis on se tait, on ne fait rien, on oublie après deux semaines. Et je ne m’exclus pas, je suis pareil. Je ne suis pas du type révolté qui va aller brandir un pancarte devant le parlement, mais en vieillissant la gangue du je-m’en-foutisme me brûle la peau.

Je nous entend nous plaindre des bêtises et de la corruption qui règne dans l’administration de notre pays — dans les médias, dans les café, dans mon bar de quartier un vendredi soir, lors des soupers de famille, entre amis. Nous sommes un peuple de plaignard, de beaux-parleurs, ou plus simplement de gros parleurs, petits faiseurs. Mais au lieu de mettre l’épaule à la roue et d’agir pour faire changer le véhicule de direction, nous attendons que que les chauffeurs tournent le volant à notre place. Aux élections, quand nous prenons la peine d’aller voter — ce qui est de plus en plus rare — nous réélisons les mêmes partis, les même gouvernements trois mandats de suite et quelques mois plus tard, nous pestiferons contre ce gouvernement parce qu’il nous a joué dans le dos. Même réaction de la part des gens qui sont de part et d’autre du continuum politique de la droite à la gauche.

Mais pourquoi n’y a-t-il pas plus souvent de manifestations monstres dans nos rues, comme c’est si souvent le cas ailleurs ? Pourquoi ne faisons nous pas plus de campagnes générales de boycotte, d’envois massifs lettre ou de téléphones de plaintes aux bureaux des ministres par exemple.

Ce n’est pas un caractère uniquement québécois, c’est nord-américain.

L’ensemble du Canada est aussi passif et les Américains tout autant. Un ami me proposait l’explication suivante: depuis des générations, nous sommes habitué de nous faire dirigés sans avoir le pouvoir de nous gouverner. Américains, Canadiens, Québécois comme Amérindiens, nous avons vécu sous le régime monarchique britannique, où nous n’étions que des sujets sans pouvoir. Nous pouvions vaquer à notre petit train-train quotidien sans nous préoccuper de l’administration du territoire. Le gouverneur et ses fonctionnaires, et les riches marchands et investisseurs, prenaient des décisions pour nous et nous n’avions aucune possibilité de prendre part à la gestion du pays. Ils pouvait produire les lois qui leur plaisaient, des lois limitant les droits de nos ancêtres et leur pouvoir d’agir, les taxer et sur-taxer, mais après tout, nos ayeux s’en foutaient. ce qui se faisaient dans la capital ne changeait pratiquement rien pour le défricheurs et le paysan sur sa ferme dans le petit village reculé de la Mauricie ou du Bas-du-fleuve. Le maîs et les patates continiaient de pousser, les vaches broutaient et pissaient du lait et la marmailles se multipliaient, les terres se transmettaient de père en fils et on vivaient en paix et tranquille, pas riche mais bien. Ceux que les lois affectaient un peu, en ville surtout, les commerçants, allaient parfois se quereller au Parlement, ils étaient riches eux, alors ils avaient le pouvoir de se faire entendre. Dans les années 1830, le parti Canadien, parti de riches bourgeois, de commerçants, a voulu changer les choses: on se souviendra des révoltes de 18-37 et 38 au Québec et en Ontario, qui n’ont pas fonctionné.

Pouquoi ?

Parce que l’ensemble du peuple s’en foutait. Il aurait voulu que les lois changent, mais ne voulait pas agir, il voulait que les autres agisse pour lui. Lui, le peuple, vouaient continuer à cultiver ses patates sans se faire déranger. Déjà qu’il se faisait chier à devoir se lever à 5 heures du matin pour aller traire les vaches et rallumer le poële, s’il aurait fallu en plus qu’il sorte de sa terre avec un fourche ou un fusil de chasse pour aller chauffer les fesses du Gouverneur-général, ah! non quand même.  Alors il est resté chez lui le peuple.

À la même époque, c’est l’Église catholique qui vient tranquillement se glisser dans la peau du Père de la nation et infantiliser davantage le peuple québécois. Pendant des générations, elle lui a dit quoi penser, quoi croire, quoi manger, comment éduquer leur enfants, comment se reproduire et surtout comment voter. Les canadiens-français n,avaient pas à réfléchir, les parents en soutanes et le Gouvernement décidaient pour lui. Et quelque part, ce qui est normal, il était bien le peuple dans cette position.

C’est normal, l’humain est ainsi fait. Il est fondamentalement paresseux l’humain. Il a besoin de se sentir libre de ses mouvement, mais si on l’encadre de la manière la moins envahissante et manifeste possible, dans un enclos assez vaste pour ne pas qu’il voit les grillages, en lui épargnant les ennuyantes responsabilités de devoir penser aux besoins de tous ses frères et soeurs,  il se sent bien. Il ne veut que penser à son confort intime et familiale. S’il mange à sa faim et qu’il dort la nuit, il est heureux.

Les gens qui vivent ici et qui ont vécu ailleurs, en Europe et en Afrique nous le font remarquer: le Québécois tient énormément à son confort et ne veut pas du tout le perde et c’est pourquoi il ne fait rien. Il parle, il parle, il chiale, ça il le fait allègrement. Mais après le boulot et après avoir couché ses petits, il ne veut pas sortir de chez lui. Il est fatigué, il veut regarder la télé, tranquille, avec sa douce ou son amoureux, fêter un peu la fin de semaine, mais ne lui demande pas de sortir de sa maison.

Lecture du courrier des lecteurs « Pauvres Riches »

7 août 2009

Lorsque je lis le journal, j’aime bien passer un oeil sur le courrier des lecteurs, les lecteurs sont souvent plus intéressant que les journalistes.

Dans Le Soleil du 26 juillet dernier, monsieur Léopold Thomassin écrivait:

« Pauvres riches.

Je ne suis sûrement pas le seul à m’interroger sur la pauvreté, la richesse et la justice. Les compagnies de pétrole font des profils faramineux: ce n’est pas le gouvernement qui va s’en plaindre, les taxes entre en quantité. Certains gestionnaires flouent des familles entières: quelques mois de prison pour quelques millions de dollars. Des promoteurs abattent des arbres sans permis et la Ville sévit: pas grave, les acheteurs de condos vont payer la note. Hydro-Québec fait un erreur: le client écope et n’a aucun recours. Encore là, ce n,est pas le gouvernement qui va s’en plaindre: une autre entrée d’argent. On est en temps de crise, mais on distribue les bonis aux administrateurs, même médiocres. Sans parler  d’une ministre qui démissionne après quelques mois: les contribuables paieront le million que coûtera l’élection complémentaire.

« J’ai une amie qui vit l’inverse. À 14 ans, on a du lui amputer une jambe à la suite d’un cancer. Cela ne l’a pas empêchée de vivre intensément, d’avoir des enfants, de se dévouer pour les autres et j’en passe. Elle se retrouve à la retraite avec une revenu annuel de 20 000$. Le hic, c’est que dans ce montant se trouve une rente d’environ 7000$ pour invalidité. Mon amie a eu 65 ans.

Qu’a-t-elle reçu en cadeau du gouvernement ?

On a mis fin à sa rente de 7000$. Elle devra vivre avec 13 000$ annuellement.

Vous trouvez ça juste, vous ?

Mais le gouvernement n’a rien à craindre. Le peuple québécois est soumis, docile. Il critique pour la forme, mais accepte tout ça sans broncher. J’adhère entièrement à une phrase lue dans ce courrier des lecteurs et qui paraphrasait Jordi Bonet:  » Vous êtes pas écoeuré de payer bande de caves  ».

Mais non, allez-y, le peuple québécois est capable d’en prendre, il est fait fort: heureusement pour nos gouvernements, quels qu’ils soient. »

Le cri primal, dernière partie

23 juin 2009

Le cri primal : origine de la conscience spirituelle

Qu’est-ce si ce n’est que l’appel du sein maternel, si ce n’est que l’appel de la chaleur réconfortante du ventre de notre mère, de son mamelon dont le lait réchauffe notre corps agressé par l’air glacial et sec du dehors ?

Qu’est-ce que cette idée de Dieu, au-delà du dôme céleste, si ce n’est que cette voix et ce battement rythmé au-delà du dôme du placenta que l’on a entendu durant neuf mois, qui était là pour nous, nous protégeait, répondait à nos coups de pieds dans la membrane, dans cette bulle d’où pénétrait la lumière du dehors.

Qu’est-ce que l’Au-delà divin, le monde des esprit, le Paradis, si ce n’est que l’Autrepart inconnu au-delà du ventre maternel ? Si ce n’est que la luminescence filtré au-delà de la membrane, en dehors de notre petit monde, de notre petite bulle qui constituait les limites de notre monde avant notre sortie, l’univers entier, connu, le Tout, Moi unique et total.

Mais ? Une première infime-imperceptible-improbable interrogation: le Coeur-qui-bat, les vibrations-sons-choses que je perçois au-delà et qui répondent à mes coups de pieds, à qui je réponds par des coups de pieds, est-il lié à moi ?

Dieu se résume à cela, à cette certitude qu’il y a autre chose au-delà de nous, de notre bulle personnelle, que nous ne sommes jamais tout à fait seul. Quelle sensation réconfortante, n’est-ce pas, de croire qu’on n’est jamais seul, qu’un Coeur aimant bat toujours pour nous ?

Alors, devenu des hommes et des femmes adultes, autonomes, sur deux pattes, nous regardons au ciel, au-dessus de la ligne d’horizon, nous regardons par nos rêves pour espérer une réponse à nos peurs, une réponse venant d’Ailleurs, de l’Autre qui jadis répondait à tous nos besoins. Bébé, nous continuons longtemps à crier, à pleurer pour que réponse nous soit donnée, pour que nourriture nous soit livrée. Plus tard, nous prions pour que la pluie revienne et nourrisse nos cultures, pour que le gibier soit nombreux, pour que la peste cesse ses ravages, pour que la paix soit. Dieu est une mère qu’on a regrettée d’avoir un jour quittée. Dieu est un sein que l’on voudrait retrouver, une main qui vient nous cajoler les cheveux lorsqu’on a de la peine, une femme qu’un homme cherche désespérément pour baiser, pour être aimé, un homme qu’une femme cherche, pour les mêmes raisons.

Dieu n’est que la mère que l’on espérait retrouver au sortir du ventre, pour se faire prendre et se faire serrer dans ses bras. Certains espèrent même la retrouver après la mort, comme une re-naissance – crie-t-on après la mort ? Non, je ne crois pas.

L’humain n’est et ne sera jamais qu’un foetus dans le placenta qui suce son pouce.

Le cri primal, 5e partie

19 juin 2009

Le cri primal : une prière.

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Je m’étais posé pour une seule bière au Sacrilège après un show au Carré D’Youville, quand j’ai vu mon vieil ami de l’université, Simon – gars génial, un intello presque fou, les neurones toujours chauffés à blanc, qui parle et réfléchit sur 6 voix simultanément, comme Bach, qu’il m’a fait découvrir un soir en m’en parlant au même bar, au bout de deux pichets. Il avait presque les larmes aux yeux à me décrire l’incommensurable orage orgiaque de sentiments provoqué par la musique de Bach, musique à multiple-registres; une voix de la main droite racontant une histoire, l’autre sur la main gauche soufflant sur l’orgue une contre-voix basse sournoise proposant une autre histoire plus mélancolique ou plus tourmentée ou plus amoureuse, comme la voix du chagrin refoulé, du bouillonnant chaudron intérieur qui se laisse violemment étouffer par la voix droite joviale, la voix sociale. Il est toujours en mode analyse-comparative-interprétative du flux autoroutier des données que l’environnement lui envoie. Il trouve toujours le prétexte pour appliquer la pensée de deux cent mille auteurs à ce qu’on voit, à la conversation puérile et banale que nous avons.

Alors voilà, je me suis joint à leur table – il y avait lui, un voisin étudiant en philo et un autre voisin, celui-là étudiant français à la dégaine verbale agile. Deux jolies amies françaises de Luc, le français typiquement bavard, écoutent dans un silence ennuyé – elles quitteront moins d’une heure plus tard, saoulées de nos niaiseries de mâles ivres et des tergiversations intellectuelles de Simon et moi. Dommage, la grande je lui aurais bien parlé – est-ce un cri, une prière, un appel du sein ? Je ne me souviens plus tellement pourquoi mais Simon a vomi sur notre tablée la sujet du « cri primal du nouveau-né ».

Ah! Oui ça me reviens, il avait été voir un show de blues quelques jours auparavant et en était revenu transformé, il n’avait jamais entendu des musiciens de blues de talents live, jouer devant lui. Les solos de guitare, de piano, de drum, les voix rauques et sensuelles des chanteuses.

Il m’a dit: « La musique, ça nous vient d’où, tu crois, ça nous vient d’où ce besoin de chanter, de pousser nos instruments, d’en perdre le contrôle ?» C’est toujours comme un appel, se répond-il lui-même. Un appel lancé à la foule, pour l’emporter dans notre cri, dans notre joie, dans notre chagrin, tout le monde ensemble. «Come together, right now, over me », chantait Lennon. «Get together one more time », suppliait Morrison. « C’est toujours comme une prière, vers le ciel, qu’on fait seul, et tous ensemble », suggéra Simon.

« C’est ça un show de blues. C’est une prière commune, tout le public et les musiciens ensemble, pour un soir, tout le monde demande la même chose, vers le ciel, tout le monde se rejoint dans la musique, tout le monde comprend le même désir, le même besoin urgent d’appeler. C’est en tout point religieux la musique et les concerts. »

Une cérémonie religieuse, Morrison l’avait bien compris, « The ceremony is about to begin…. Wake-up ! ».

Il me fait saisir le sens de la prière, l’universel geste répété dans toutes les religions de ce monde. Nous prions, nous appelons Dieu, les dieux, les esprits et les ancêtres à notre secours, nous leur demandons de nous protéger du mal, de veiller sur nous, petits enfants innocents et abandonnés au triste monde cruel.

Le solstice d’été se fête en musique à Québec.

17 juin 2009

Gens de Québec. cette fin de semaine, ce n’est pas le bon moment pour aller vous baigner au Lac-Saint-Charles ou partir en randonnée à vélo en campagne même s’il fera une temps paradisiaque.

Deux festivals de musique se déroulent dans la ville en même temps.

À Limoilou (quartier que j’habite), c’est Limoilou en musique, festival qui s’appropriee pour une première année les lieux désertés par Envol et Macadam qui a mouvé le cul de ses pénates de l’autre bord de la rivière dans le quartier Saint-Roch.  Trois jours de concerts gratuits dans la rue (à l’intersection De la Canardière, 6ième Rue et 3ième Avenue) et dans les bars du coin (Bal du Lézard et Pub Limoilou). Pour consulter la programmation, aller jeter un coup d’oeil à : http://www.monlimoilou.com/enmusique/

Dans Saint-Jean-Baptiste, la rue Saint-Jean swignera la bacaisse au rythme de la Fête de la musique, qui a lieu pour le 2e année à Québec.

Fête de la musique

Fête de la musique

La Fête de la musique, c’est un événement international né en France en 1982 voulant célébrer le début de l’été  qui s’est rapidement répandu dans une centaine de pays à travers le monde.

Pour la programmation de l’édition de Québec, qui débute samedi, allez visiter faire un tour ici.

Le cri primal, 4e partie

16 juin 2009

Le cri primal: la sortie des eaux

Le cri primal: l’appel inaugural de notre traversée dans l’Autre qui nous intriguait, qui était croyait-on une part de notre être. Une prière, prière de retourner à la chaleur. Une faim – encore une première sensation jamais vécue – nous brûle. Nous savons que nous ne pouvons l’apaiser seul. Nous le comprenons cruellement à ce moment précis où le cri émerge de notre gorge étroite et humide, jamais nous n’avons vraiment été seul et unique, nous savons dès lors que nous sommes dépendant de l’Autre. Des mains chaudes nous prennent, nous soulèvent, nous collent contre un corps bouillant. Oui la chaleur, notre nourriture. Nous sommes sauves, bien, heureux. Un sein se présente à nos lèvres, le Coeur-qui-battait-pour-nous bat toujours, tout près.

Le sein et le coeur de notre mère, jamais plus nous ne voudrons les quitter, mais notre nouvelle vie nous y contraindra.

Toujours, homme comme femme nous chercherons à le reconquérir.

Le cri primal 3e partie

13 juin 2009

Le cri primal : l'[Autre]

Mais nous savions qu’il y avait autre chose ailleurs. On ne savait pas quoi, on n’arrivait pas à formuler cette nébuleuse intuition dans notre petit esprit de fœtus. Toutefois, nous le savions: nous entendions des sons, des vibrations de l’autre côté de la membrane: un cœur qui bas, qui accélère et ralentit, des voix parfois, de la musique.

Ça nous intriguait, fallait connaître un jour. Je suis certain que nous sentions qu’un moment viendrait où nous voudrions aller connaître de l’autre côté ce qui s’y trouve, cet Autre nous appelait. Non, nous l’appelions. Quand nous bougions, c’était pour obtenir une réponse de l’Autre. Des voix réagissaient, le battement de l’Autre réagissait – premier tambour entendu, premier beat du monde.

Nous nous disions, « voilà, il y a quelque chose, qui fait partie de moi aussi, qui me protège, me couve, répond, j’en fait partie ou bien fait-elle partie de moi ? Qui est Moi ? ». L’interrogation n’est jamais ainsi formulée, mais une émotion-sentiment est là, dès le départ. Puis vient le moment où notre bulle éclate, on est poussé-appelé à sortir, on veut sortir pour aller vivre dans cet Ailleurs dont on sent la présence mais qui nous effraie, car inconnu. On sent un danger, la peur de la nouveauté envers qui nous sommes vulnérable, une part de nous que nous ne maîtrisons pas, nous n’avons jamais rien maîtrisé encore. Le Coeur-qui-bat est là, l’unique phare de notre micro-monde, il est Nous mais pas tout à fait Nous.

Et voilà, on sort, il fait froid, on est agressé par une chose sans substance, qu’on ne voit pas (on ne voit rien de toute manière à cette heure-là), qui est sèche; plus d’eau chaude sur notre peau, que le froid de l’Autre-Ailleurs qu’on est venu voir-vivre; d’autres sons nous happent, des voix plus fortes que jamais auparavant; et cette chose qui entre par notre bouche et nos narines, par des orifices qui s’ouvrent pour la première fois, ça fait mal, terriblement mal cette chose, c’est une agression, l’agresseur est invisible, il nous inonde, nous brûle de l’intérieur, on a peur, on veut revenir en arrière, faire un bond dans le passé, ne pas répéter cette erreur qu’a été notre désir d’explorer, nous voulons retourner à la quiétude du Coeur-qui-bat-avec-nous, de l’eau, de la bulle qui était notre univers, notre chez-soi.

Mais non, plus jamais, plus jamais, on le sait mais on ne veut l’accepter. On veut retrouver le Coeur-qui-bat-pour-nous.

Crwaaaaaaaaah!

On a crié, on a fait ce son, pour la première fois sans même l’avoir voulu, s’est venu tout seul du fond de notre gorge qui s’est ouverte à l’air, ça fait drôle, on n’avait jamais ressenti-fait ça. Nous sommes soulagé et blessé simultanément.

Le cri primal, 2e partie

9 juin 2009

Le cri primal : le blues du nouveau-né

Dans le système de son du salon où j’écris, j’ai mis un CD de Tool de mon coloc que je n’ai jamais écouté. Un métal à la fois pesant et planant. Le chanteur pousse sa voix avec force et réserve par-dessus une guitare aiguë et tranchante. À l’unisson, les deux voix crient ensemble, je les sens crier. L’une de corde vocale, l’autre de corde d’acier. Crier quoi ? Elles expriment une émotion, un désir, elles appellent et vibrent pour faire sortir une bile qu’elle ne réussissent jamais à complètement cracher. Pourquoi la voix me semble-t-elle si retenue malgré sa hauteur vertigineuse ? Et la guitare, cette voix artificielle, qui peut percer plus loin et plus fort, le musicien voudrait lui faire émettre un son plus haut encore, mais l’instrument lui ne le peut. Ont-ils peur de crier plus fort que jamais ou savent-ils qu’ils ne crieront jamais avec autant de vitalité que l’unique première fois ?

On ne réussira jamais à faire exulter entièrement cette émotion qui toute notre vie brûlera en nous jusqu’à la mort – Robert Plante appuyé de la guitare acérée de Jimmi Page, aussi aiguë a-t-il pu gémir n’a jamais pu rejoindre son premier hurlement, mais combien il a cherché à l’atteindre ! Hendrix sur sa Fender déchirée, même lorsqu’il arrivait à faire pleurer l’instrument, n’est qu’un sifflement de pinçon comparé au riff qu’il a fait à la naissance, la tête sortie du vagin de sa mère. Est-ce pour cela qu’il brûla sa Stratocaster à la fin de sa prestation du festival de Monterey ? Par frustration ? Et le rugissement rageur de Morrison au début de When the music’s over ? Il n’est jamais parvenu à évacuer son envi de rejoindre la mort. Jamais.

Peut-être ne l’avons-nous jamais complètement digéré cette naissance – pourquoi suis-je sorti de ce placenta confortable, cet espace chaud et protégé où rien ne me troublait.

L’exposition Bodies… et «La chair disparue»

7 juin 2009

J’apprenais aujourd’hui que la controversée exposition Bodies ouvrait cette fin de semaine à Québec, à l’Espace 400e.

Je n’ai entendu parlé de cette exposition qu’entre les branches, un peu dans les journaux, n’ai vu que quelques extraits en images. J’ai eu vent de l’odeur  de la contreverse qui l’entourait ces dernières semaines, mais n’y ai pas porté grande attention, outre que je trouvais le sujet intéressant. Alors, de retour chez moi en fin d’après-midi ce dimanche, je suis allé lire sur le Net à son sujet, question d’en savoir un peu plus.

C’est une expo créée par un médecin allemand qui avait pour but de présenter le corps humain sous un angle à la fois éducatif et artistique. Mais sans aucun doute aussi pour bousculer un grand tabou: montrer les dessous inesthétiques de notre machine de chaire, de notre saint corps ! Le corps humain, contrairement à la majorité des autres corps animaux, parce qu’il est le nôtre devrait-il être traité avec plus d’estime ? Je ne crois pas personnellement.

Il y a quelques siècles, De Vinci nombres d’autres artistes et scientifiques de la Renaissance avaient, illégalement,  ouvert des corps d’hommes et de femmes pour en examiner les entrailles et en cartographier le contenu dans le noble but mieux connaître le fonctionnement du méchanisme dans lequel nous vivons. Ces hommes avaient osé affronté cet interdit presque universel pour le bien de l’humanité, s’étaient risquer à de cruelles condamnations pour nous permettre de mieux nous connaître. Aujourd’hui, que l’utilisation de corps pour des fins scientifiques est tout à fait légalisé, un homme a eu l’idée d’en faire la matière d’une oeuvre muséale.

Et c’est encore très audacieux de sa part.

D’abord, en en entendant parler, j’ai trouvé cela troublant mais attirant à la fois. Nous présenter notre propre anatomie avec de vrais de vrais corps humains, et non pas, comme ces biblots de plastique que l’on peut voir chez notre médecins  ou dans la classe de biologie au secondaire qui représentent un soit un coeur, un cerveau, un poumon, un système digestif…  mais ce sont de vrais de vrais organes, de vrais de vrais muscles, intestins, tendons, os et nerfs.

Comme plusieurs, je me suis dis que le créateur avais dû utiliser des cadavres de morts qui avaient volontairement légué leur corps à la science. Neni ! On apprend que ces corps ont été récupérés en Chine dans des banques de corps non réclamés et non identifiés. Bof ! Pis après, je me dis. Le mort, il est mort, il n’y avait personne pour le reconnaître, ce devait être un robineux de Shangai ou Pékin, un sans famille, un abandonné de tous. Pour moi, une fois qu’on est mort, c,est fini. Si on tenait à ce que nos restes soient traités avec une quelconque forme de cérémonial et d’honneur, on n’avait qu’à s’y préparer avant de mourir, faire la demande à nos proches ou si en l’absence de proches (pour un ermite ou un itinérant sans famille, trouver quelqu’un de responsable pour disposer notre carcasse. Plusieurs, j’admets avec raison, discutent du caractère éthique de la démarche de l’auteur: les corps sont (étaient) chinois, on ne connaît leur origine et sachant que le gouvernement de pays est l’un des moins respectueux des droits humains, rien ne nous assure que ces hommes et femmes n’étaient pas des prisonniers politique, Tibétains par exemple, torturés, violés, imaginons-quoi-que-nous-voulons.

L’expo a été interdite dans plusieurs pays pour plusieurs raisons (tabou universel de l’exposition du corps humain comme objet, esthétique dégoutante de ces morceaux de chaire vives) mais surtout parce que la provenance des corps étaient discutable.

La première idée qui m’est venue en apprenant l’arrivée à Québec de cette exposition était que j’y voyais une étrange similitude avec un roman que j’avais lu cet hiver: La chair disparue, de Jean-Jacques Pelletier. C’est le premier tome de la série Les Gestionnaire de l’Apocalypse, publié chez Alire, excellente série d’espionnage écrite par l’écrivain de Québec. Dans ce roman, qui porte sur un réseau international de trafic d’organes, un artiste fou résident et commettant son art dans la vieille capitale, utilise pour matière des êtres humains, parfos vivant, mais le plus souvent inertes, dans plusieurs cas, assassinés expressément pour la cause.  Les expositions de l’artiste font aussi scandal, pour les raisons que vous devinés.

Non que je soupçonne Gunther Von Hagens, l’anatomiste allemand auteur de l’expo, d’être aussi monstrueux que le personnage de Pelletier, mais la ressemblance entre les deux oeuvres est malgré tout frappante. La démarche de ce dernier est tout à fait sérieuse.

Évacuant tout le nuage nauséeux qu’amène avec elle cette exposition, je ne manquerai pas d’aller la voir cet été.

Je vais aller mettre mon estomac à l’épreuve. Moi qui n’ai jamais vu de mort de près de ma vie, peut-être est-ce que ce sera les seuls maccabées que je verrai de me yeux.

Le cri primal

5 juin 2009

Je vous offre ici un texte que j’ai écris il y environ 2 ans, que j’ai retrouvé récemment dans un répertoire de mon ordinateur. Il sera publié en courts chapitres au fil des prochains jours.

*O*

Le cri primal

Le premier son qu’émet un humain naissant est une cri.

Un cri puissant pour une si petite créature, toute frêle, toute mouillée.

Un cri comme nous n’en lancerons jamais plus de toute notre existence.

Le cri plus illustre de notre pulsion de vie, cri contre la mort qui peut si vite s’abattre sur nous, même dans les premières secondes de notre échappée dans le monde sec.

Je n’ai jamais entendu ce chant. Même si ce n’est pas celui de mon enfant, j’ose souhaiter en être auditeur un de mes jours. Et voir un chérubin dégoulinant, chétif et rouge, sortir dans une gerbe de sang et d’eau visqueuse, les petites fentes de ses yeux plissées dans sa face froissée s’efforcer de voir clair, mais ne peut pas, fait trop clair, trop de lumière, mal aux yeux délicats, et puis sa bouche s’ouvre dans un cri franc, hachuré de hoquets courts, un hurlement de peur-joie – peur de vivre, joie vibrante de vivre – dans l’inconnu nouveau qui sera sien; un premier chant de bonheur et de chagrin, un vrai blues.

Naître doit être le plus excitant saut en bungee. La plus grande extase que nul mystique bouddhiste, que nul chamane, que nul héroïnomane ne pourra jamais plus ressentir de son existence consciente. C’est passé, final, on ne naît qu’une seule fois. Et le plus triste est qu’on ne s’en souvient plus jamais.

Toutefois, chacun et chacune à notre façon nous cherchons à revivre.


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