Le cri primal, 2e partie

Le cri primal : le blues du nouveau-né

Dans le système de son du salon où j’écris, j’ai mis un CD de Tool de mon coloc que je n’ai jamais écouté. Un métal à la fois pesant et planant. Le chanteur pousse sa voix avec force et réserve par-dessus une guitare aiguë et tranchante. À l’unisson, les deux voix crient ensemble, je les sens crier. L’une de corde vocale, l’autre de corde d’acier. Crier quoi ? Elles expriment une émotion, un désir, elles appellent et vibrent pour faire sortir une bile qu’elle ne réussissent jamais à complètement cracher. Pourquoi la voix me semble-t-elle si retenue malgré sa hauteur vertigineuse ? Et la guitare, cette voix artificielle, qui peut percer plus loin et plus fort, le musicien voudrait lui faire émettre un son plus haut encore, mais l’instrument lui ne le peut. Ont-ils peur de crier plus fort que jamais ou savent-ils qu’ils ne crieront jamais avec autant de vitalité que l’unique première fois ?

On ne réussira jamais à faire exulter entièrement cette émotion qui toute notre vie brûlera en nous jusqu’à la mort – Robert Plante appuyé de la guitare acérée de Jimmi Page, aussi aiguë a-t-il pu gémir n’a jamais pu rejoindre son premier hurlement, mais combien il a cherché à l’atteindre ! Hendrix sur sa Fender déchirée, même lorsqu’il arrivait à faire pleurer l’instrument, n’est qu’un sifflement de pinçon comparé au riff qu’il a fait à la naissance, la tête sortie du vagin de sa mère. Est-ce pour cela qu’il brûla sa Stratocaster à la fin de sa prestation du festival de Monterey ? Par frustration ? Et le rugissement rageur de Morrison au début de When the music’s over ? Il n’est jamais parvenu à évacuer son envi de rejoindre la mort. Jamais.

Peut-être ne l’avons-nous jamais complètement digéré cette naissance – pourquoi suis-je sorti de ce placenta confortable, cet espace chaud et protégé où rien ne me troublait.

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Une Réponse to “Le cri primal, 2e partie”

  1. Po Says:

    Wow, c’est vraiment bien. La partie 1 comme la 2
    Je ne m’était jamais attarder sur le fait que naitre, ca doit etre une expérience assez … ya pas de mot assez fort pour la qualifier.
    Tromatisante ? incroyable ?
    peut-etre que sa tromatise tellement que le cerveau décide d’oublier et de ne jamais se souvenir.
    Ca me fait vraiment réfléchir ce texte, et le liens avec la musique… et les artistes me touche beaucoup. Le cri de la naissance, le cri que nous esseyons de répété tout le long de notre vie, cette intensité que nous voudrions atteindre quelques fois. cette profondeur dans l’ame.
    Vraiment inspirant.
    continue, je deviens un lecteur assidu maintenant.

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