Archive for the ‘Écriture’ Category

Le cri primal, dernière partie

23 juin 2009

Le cri primal : origine de la conscience spirituelle

Qu’est-ce si ce n’est que l’appel du sein maternel, si ce n’est que l’appel de la chaleur réconfortante du ventre de notre mère, de son mamelon dont le lait réchauffe notre corps agressé par l’air glacial et sec du dehors ?

Qu’est-ce que cette idée de Dieu, au-delà du dôme céleste, si ce n’est que cette voix et ce battement rythmé au-delà du dôme du placenta que l’on a entendu durant neuf mois, qui était là pour nous, nous protégeait, répondait à nos coups de pieds dans la membrane, dans cette bulle d’où pénétrait la lumière du dehors.

Qu’est-ce que l’Au-delà divin, le monde des esprit, le Paradis, si ce n’est que l’Autrepart inconnu au-delà du ventre maternel ? Si ce n’est que la luminescence filtré au-delà de la membrane, en dehors de notre petit monde, de notre petite bulle qui constituait les limites de notre monde avant notre sortie, l’univers entier, connu, le Tout, Moi unique et total.

Mais ? Une première infime-imperceptible-improbable interrogation: le Coeur-qui-bat, les vibrations-sons-choses que je perçois au-delà et qui répondent à mes coups de pieds, à qui je réponds par des coups de pieds, est-il lié à moi ?

Dieu se résume à cela, à cette certitude qu’il y a autre chose au-delà de nous, de notre bulle personnelle, que nous ne sommes jamais tout à fait seul. Quelle sensation réconfortante, n’est-ce pas, de croire qu’on n’est jamais seul, qu’un Coeur aimant bat toujours pour nous ?

Alors, devenu des hommes et des femmes adultes, autonomes, sur deux pattes, nous regardons au ciel, au-dessus de la ligne d’horizon, nous regardons par nos rêves pour espérer une réponse à nos peurs, une réponse venant d’Ailleurs, de l’Autre qui jadis répondait à tous nos besoins. Bébé, nous continuons longtemps à crier, à pleurer pour que réponse nous soit donnée, pour que nourriture nous soit livrée. Plus tard, nous prions pour que la pluie revienne et nourrisse nos cultures, pour que le gibier soit nombreux, pour que la peste cesse ses ravages, pour que la paix soit. Dieu est une mère qu’on a regrettée d’avoir un jour quittée. Dieu est un sein que l’on voudrait retrouver, une main qui vient nous cajoler les cheveux lorsqu’on a de la peine, une femme qu’un homme cherche désespérément pour baiser, pour être aimé, un homme qu’une femme cherche, pour les mêmes raisons.

Dieu n’est que la mère que l’on espérait retrouver au sortir du ventre, pour se faire prendre et se faire serrer dans ses bras. Certains espèrent même la retrouver après la mort, comme une re-naissance – crie-t-on après la mort ? Non, je ne crois pas.

L’humain n’est et ne sera jamais qu’un foetus dans le placenta qui suce son pouce.

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Le cri primal, 5e partie

19 juin 2009

Le cri primal : une prière.

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Je m’étais posé pour une seule bière au Sacrilège après un show au Carré D’Youville, quand j’ai vu mon vieil ami de l’université, Simon – gars génial, un intello presque fou, les neurones toujours chauffés à blanc, qui parle et réfléchit sur 6 voix simultanément, comme Bach, qu’il m’a fait découvrir un soir en m’en parlant au même bar, au bout de deux pichets. Il avait presque les larmes aux yeux à me décrire l’incommensurable orage orgiaque de sentiments provoqué par la musique de Bach, musique à multiple-registres; une voix de la main droite racontant une histoire, l’autre sur la main gauche soufflant sur l’orgue une contre-voix basse sournoise proposant une autre histoire plus mélancolique ou plus tourmentée ou plus amoureuse, comme la voix du chagrin refoulé, du bouillonnant chaudron intérieur qui se laisse violemment étouffer par la voix droite joviale, la voix sociale. Il est toujours en mode analyse-comparative-interprétative du flux autoroutier des données que l’environnement lui envoie. Il trouve toujours le prétexte pour appliquer la pensée de deux cent mille auteurs à ce qu’on voit, à la conversation puérile et banale que nous avons.

Alors voilà, je me suis joint à leur table – il y avait lui, un voisin étudiant en philo et un autre voisin, celui-là étudiant français à la dégaine verbale agile. Deux jolies amies françaises de Luc, le français typiquement bavard, écoutent dans un silence ennuyé – elles quitteront moins d’une heure plus tard, saoulées de nos niaiseries de mâles ivres et des tergiversations intellectuelles de Simon et moi. Dommage, la grande je lui aurais bien parlé – est-ce un cri, une prière, un appel du sein ? Je ne me souviens plus tellement pourquoi mais Simon a vomi sur notre tablée la sujet du « cri primal du nouveau-né ».

Ah! Oui ça me reviens, il avait été voir un show de blues quelques jours auparavant et en était revenu transformé, il n’avait jamais entendu des musiciens de blues de talents live, jouer devant lui. Les solos de guitare, de piano, de drum, les voix rauques et sensuelles des chanteuses.

Il m’a dit: « La musique, ça nous vient d’où, tu crois, ça nous vient d’où ce besoin de chanter, de pousser nos instruments, d’en perdre le contrôle ?» C’est toujours comme un appel, se répond-il lui-même. Un appel lancé à la foule, pour l’emporter dans notre cri, dans notre joie, dans notre chagrin, tout le monde ensemble. «Come together, right now, over me », chantait Lennon. «Get together one more time », suppliait Morrison. « C’est toujours comme une prière, vers le ciel, qu’on fait seul, et tous ensemble », suggéra Simon.

« C’est ça un show de blues. C’est une prière commune, tout le public et les musiciens ensemble, pour un soir, tout le monde demande la même chose, vers le ciel, tout le monde se rejoint dans la musique, tout le monde comprend le même désir, le même besoin urgent d’appeler. C’est en tout point religieux la musique et les concerts. »

Une cérémonie religieuse, Morrison l’avait bien compris, « The ceremony is about to begin…. Wake-up ! ».

Il me fait saisir le sens de la prière, l’universel geste répété dans toutes les religions de ce monde. Nous prions, nous appelons Dieu, les dieux, les esprits et les ancêtres à notre secours, nous leur demandons de nous protéger du mal, de veiller sur nous, petits enfants innocents et abandonnés au triste monde cruel.

Le cri primal, 4e partie

16 juin 2009

Le cri primal: la sortie des eaux

Le cri primal: l’appel inaugural de notre traversée dans l’Autre qui nous intriguait, qui était croyait-on une part de notre être. Une prière, prière de retourner à la chaleur. Une faim – encore une première sensation jamais vécue – nous brûle. Nous savons que nous ne pouvons l’apaiser seul. Nous le comprenons cruellement à ce moment précis où le cri émerge de notre gorge étroite et humide, jamais nous n’avons vraiment été seul et unique, nous savons dès lors que nous sommes dépendant de l’Autre. Des mains chaudes nous prennent, nous soulèvent, nous collent contre un corps bouillant. Oui la chaleur, notre nourriture. Nous sommes sauves, bien, heureux. Un sein se présente à nos lèvres, le Coeur-qui-battait-pour-nous bat toujours, tout près.

Le sein et le coeur de notre mère, jamais plus nous ne voudrons les quitter, mais notre nouvelle vie nous y contraindra.

Toujours, homme comme femme nous chercherons à le reconquérir.

Le cri primal 3e partie

13 juin 2009

Le cri primal : l'[Autre]

Mais nous savions qu’il y avait autre chose ailleurs. On ne savait pas quoi, on n’arrivait pas à formuler cette nébuleuse intuition dans notre petit esprit de fœtus. Toutefois, nous le savions: nous entendions des sons, des vibrations de l’autre côté de la membrane: un cœur qui bas, qui accélère et ralentit, des voix parfois, de la musique.

Ça nous intriguait, fallait connaître un jour. Je suis certain que nous sentions qu’un moment viendrait où nous voudrions aller connaître de l’autre côté ce qui s’y trouve, cet Autre nous appelait. Non, nous l’appelions. Quand nous bougions, c’était pour obtenir une réponse de l’Autre. Des voix réagissaient, le battement de l’Autre réagissait – premier tambour entendu, premier beat du monde.

Nous nous disions, « voilà, il y a quelque chose, qui fait partie de moi aussi, qui me protège, me couve, répond, j’en fait partie ou bien fait-elle partie de moi ? Qui est Moi ? ». L’interrogation n’est jamais ainsi formulée, mais une émotion-sentiment est là, dès le départ. Puis vient le moment où notre bulle éclate, on est poussé-appelé à sortir, on veut sortir pour aller vivre dans cet Ailleurs dont on sent la présence mais qui nous effraie, car inconnu. On sent un danger, la peur de la nouveauté envers qui nous sommes vulnérable, une part de nous que nous ne maîtrisons pas, nous n’avons jamais rien maîtrisé encore. Le Coeur-qui-bat est là, l’unique phare de notre micro-monde, il est Nous mais pas tout à fait Nous.

Et voilà, on sort, il fait froid, on est agressé par une chose sans substance, qu’on ne voit pas (on ne voit rien de toute manière à cette heure-là), qui est sèche; plus d’eau chaude sur notre peau, que le froid de l’Autre-Ailleurs qu’on est venu voir-vivre; d’autres sons nous happent, des voix plus fortes que jamais auparavant; et cette chose qui entre par notre bouche et nos narines, par des orifices qui s’ouvrent pour la première fois, ça fait mal, terriblement mal cette chose, c’est une agression, l’agresseur est invisible, il nous inonde, nous brûle de l’intérieur, on a peur, on veut revenir en arrière, faire un bond dans le passé, ne pas répéter cette erreur qu’a été notre désir d’explorer, nous voulons retourner à la quiétude du Coeur-qui-bat-avec-nous, de l’eau, de la bulle qui était notre univers, notre chez-soi.

Mais non, plus jamais, plus jamais, on le sait mais on ne veut l’accepter. On veut retrouver le Coeur-qui-bat-pour-nous.

Crwaaaaaaaaah!

On a crié, on a fait ce son, pour la première fois sans même l’avoir voulu, s’est venu tout seul du fond de notre gorge qui s’est ouverte à l’air, ça fait drôle, on n’avait jamais ressenti-fait ça. Nous sommes soulagé et blessé simultanément.

Le cri primal, 2e partie

9 juin 2009

Le cri primal : le blues du nouveau-né

Dans le système de son du salon où j’écris, j’ai mis un CD de Tool de mon coloc que je n’ai jamais écouté. Un métal à la fois pesant et planant. Le chanteur pousse sa voix avec force et réserve par-dessus une guitare aiguë et tranchante. À l’unisson, les deux voix crient ensemble, je les sens crier. L’une de corde vocale, l’autre de corde d’acier. Crier quoi ? Elles expriment une émotion, un désir, elles appellent et vibrent pour faire sortir une bile qu’elle ne réussissent jamais à complètement cracher. Pourquoi la voix me semble-t-elle si retenue malgré sa hauteur vertigineuse ? Et la guitare, cette voix artificielle, qui peut percer plus loin et plus fort, le musicien voudrait lui faire émettre un son plus haut encore, mais l’instrument lui ne le peut. Ont-ils peur de crier plus fort que jamais ou savent-ils qu’ils ne crieront jamais avec autant de vitalité que l’unique première fois ?

On ne réussira jamais à faire exulter entièrement cette émotion qui toute notre vie brûlera en nous jusqu’à la mort – Robert Plante appuyé de la guitare acérée de Jimmi Page, aussi aiguë a-t-il pu gémir n’a jamais pu rejoindre son premier hurlement, mais combien il a cherché à l’atteindre ! Hendrix sur sa Fender déchirée, même lorsqu’il arrivait à faire pleurer l’instrument, n’est qu’un sifflement de pinçon comparé au riff qu’il a fait à la naissance, la tête sortie du vagin de sa mère. Est-ce pour cela qu’il brûla sa Stratocaster à la fin de sa prestation du festival de Monterey ? Par frustration ? Et le rugissement rageur de Morrison au début de When the music’s over ? Il n’est jamais parvenu à évacuer son envi de rejoindre la mort. Jamais.

Peut-être ne l’avons-nous jamais complètement digéré cette naissance – pourquoi suis-je sorti de ce placenta confortable, cet espace chaud et protégé où rien ne me troublait.

Le cri primal

5 juin 2009

Je vous offre ici un texte que j’ai écris il y environ 2 ans, que j’ai retrouvé récemment dans un répertoire de mon ordinateur. Il sera publié en courts chapitres au fil des prochains jours.

*O*

Le cri primal

Le premier son qu’émet un humain naissant est une cri.

Un cri puissant pour une si petite créature, toute frêle, toute mouillée.

Un cri comme nous n’en lancerons jamais plus de toute notre existence.

Le cri plus illustre de notre pulsion de vie, cri contre la mort qui peut si vite s’abattre sur nous, même dans les premières secondes de notre échappée dans le monde sec.

Je n’ai jamais entendu ce chant. Même si ce n’est pas celui de mon enfant, j’ose souhaiter en être auditeur un de mes jours. Et voir un chérubin dégoulinant, chétif et rouge, sortir dans une gerbe de sang et d’eau visqueuse, les petites fentes de ses yeux plissées dans sa face froissée s’efforcer de voir clair, mais ne peut pas, fait trop clair, trop de lumière, mal aux yeux délicats, et puis sa bouche s’ouvre dans un cri franc, hachuré de hoquets courts, un hurlement de peur-joie – peur de vivre, joie vibrante de vivre – dans l’inconnu nouveau qui sera sien; un premier chant de bonheur et de chagrin, un vrai blues.

Naître doit être le plus excitant saut en bungee. La plus grande extase que nul mystique bouddhiste, que nul chamane, que nul héroïnomane ne pourra jamais plus ressentir de son existence consciente. C’est passé, final, on ne naît qu’une seule fois. Et le plus triste est qu’on ne s’en souvient plus jamais.

Toutefois, chacun et chacune à notre façon nous cherchons à revivre.