Le cri primal 3e partie

Le cri primal : l'[Autre]

Mais nous savions qu’il y avait autre chose ailleurs. On ne savait pas quoi, on n’arrivait pas à formuler cette nébuleuse intuition dans notre petit esprit de fœtus. Toutefois, nous le savions: nous entendions des sons, des vibrations de l’autre côté de la membrane: un cœur qui bas, qui accélère et ralentit, des voix parfois, de la musique.

Ça nous intriguait, fallait connaître un jour. Je suis certain que nous sentions qu’un moment viendrait où nous voudrions aller connaître de l’autre côté ce qui s’y trouve, cet Autre nous appelait. Non, nous l’appelions. Quand nous bougions, c’était pour obtenir une réponse de l’Autre. Des voix réagissaient, le battement de l’Autre réagissait – premier tambour entendu, premier beat du monde.

Nous nous disions, « voilà, il y a quelque chose, qui fait partie de moi aussi, qui me protège, me couve, répond, j’en fait partie ou bien fait-elle partie de moi ? Qui est Moi ? ». L’interrogation n’est jamais ainsi formulée, mais une émotion-sentiment est là, dès le départ. Puis vient le moment où notre bulle éclate, on est poussé-appelé à sortir, on veut sortir pour aller vivre dans cet Ailleurs dont on sent la présence mais qui nous effraie, car inconnu. On sent un danger, la peur de la nouveauté envers qui nous sommes vulnérable, une part de nous que nous ne maîtrisons pas, nous n’avons jamais rien maîtrisé encore. Le Coeur-qui-bat est là, l’unique phare de notre micro-monde, il est Nous mais pas tout à fait Nous.

Et voilà, on sort, il fait froid, on est agressé par une chose sans substance, qu’on ne voit pas (on ne voit rien de toute manière à cette heure-là), qui est sèche; plus d’eau chaude sur notre peau, que le froid de l’Autre-Ailleurs qu’on est venu voir-vivre; d’autres sons nous happent, des voix plus fortes que jamais auparavant; et cette chose qui entre par notre bouche et nos narines, par des orifices qui s’ouvrent pour la première fois, ça fait mal, terriblement mal cette chose, c’est une agression, l’agresseur est invisible, il nous inonde, nous brûle de l’intérieur, on a peur, on veut revenir en arrière, faire un bond dans le passé, ne pas répéter cette erreur qu’a été notre désir d’explorer, nous voulons retourner à la quiétude du Coeur-qui-bat-avec-nous, de l’eau, de la bulle qui était notre univers, notre chez-soi.

Mais non, plus jamais, plus jamais, on le sait mais on ne veut l’accepter. On veut retrouver le Coeur-qui-bat-pour-nous.

Crwaaaaaaaaah!

On a crié, on a fait ce son, pour la première fois sans même l’avoir voulu, s’est venu tout seul du fond de notre gorge qui s’est ouverte à l’air, ça fait drôle, on n’avait jamais ressenti-fait ça. Nous sommes soulagé et blessé simultanément.

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