Archive for the ‘Société’ Category

Les pauvres riches 2

11 août 2009

« Le peuple québécois […] critique pour la forme mais accepte tout ça sans broncher. »

Cette lettre encercle au feutre rouge le gros défaut des Québécois. C’est pour cette raison que je l’ai publié ici.

Nous sommes bien drôle, les Québécois. On chiale, on chiale, puis on se tait, on ne fait rien, on oublie après deux semaines. Et je ne m’exclus pas, je suis pareil. Je ne suis pas du type révolté qui va aller brandir un pancarte devant le parlement, mais en vieillissant la gangue du je-m’en-foutisme me brûle la peau.

Je nous entend nous plaindre des bêtises et de la corruption qui règne dans l’administration de notre pays — dans les médias, dans les café, dans mon bar de quartier un vendredi soir, lors des soupers de famille, entre amis. Nous sommes un peuple de plaignard, de beaux-parleurs, ou plus simplement de gros parleurs, petits faiseurs. Mais au lieu de mettre l’épaule à la roue et d’agir pour faire changer le véhicule de direction, nous attendons que que les chauffeurs tournent le volant à notre place. Aux élections, quand nous prenons la peine d’aller voter — ce qui est de plus en plus rare — nous réélisons les mêmes partis, les même gouvernements trois mandats de suite et quelques mois plus tard, nous pestiferons contre ce gouvernement parce qu’il nous a joué dans le dos. Même réaction de la part des gens qui sont de part et d’autre du continuum politique de la droite à la gauche.

Mais pourquoi n’y a-t-il pas plus souvent de manifestations monstres dans nos rues, comme c’est si souvent le cas ailleurs ? Pourquoi ne faisons nous pas plus de campagnes générales de boycotte, d’envois massifs lettre ou de téléphones de plaintes aux bureaux des ministres par exemple.

Ce n’est pas un caractère uniquement québécois, c’est nord-américain.

L’ensemble du Canada est aussi passif et les Américains tout autant. Un ami me proposait l’explication suivante: depuis des générations, nous sommes habitué de nous faire dirigés sans avoir le pouvoir de nous gouverner. Américains, Canadiens, Québécois comme Amérindiens, nous avons vécu sous le régime monarchique britannique, où nous n’étions que des sujets sans pouvoir. Nous pouvions vaquer à notre petit train-train quotidien sans nous préoccuper de l’administration du territoire. Le gouverneur et ses fonctionnaires, et les riches marchands et investisseurs, prenaient des décisions pour nous et nous n’avions aucune possibilité de prendre part à la gestion du pays. Ils pouvait produire les lois qui leur plaisaient, des lois limitant les droits de nos ancêtres et leur pouvoir d’agir, les taxer et sur-taxer, mais après tout, nos ayeux s’en foutaient. ce qui se faisaient dans la capital ne changeait pratiquement rien pour le défricheurs et le paysan sur sa ferme dans le petit village reculé de la Mauricie ou du Bas-du-fleuve. Le maîs et les patates continiaient de pousser, les vaches broutaient et pissaient du lait et la marmailles se multipliaient, les terres se transmettaient de père en fils et on vivaient en paix et tranquille, pas riche mais bien. Ceux que les lois affectaient un peu, en ville surtout, les commerçants, allaient parfois se quereller au Parlement, ils étaient riches eux, alors ils avaient le pouvoir de se faire entendre. Dans les années 1830, le parti Canadien, parti de riches bourgeois, de commerçants, a voulu changer les choses: on se souviendra des révoltes de 18-37 et 38 au Québec et en Ontario, qui n’ont pas fonctionné.

Pouquoi ?

Parce que l’ensemble du peuple s’en foutait. Il aurait voulu que les lois changent, mais ne voulait pas agir, il voulait que les autres agisse pour lui. Lui, le peuple, vouaient continuer à cultiver ses patates sans se faire déranger. Déjà qu’il se faisait chier à devoir se lever à 5 heures du matin pour aller traire les vaches et rallumer le poële, s’il aurait fallu en plus qu’il sorte de sa terre avec un fourche ou un fusil de chasse pour aller chauffer les fesses du Gouverneur-général, ah! non quand même.  Alors il est resté chez lui le peuple.

À la même époque, c’est l’Église catholique qui vient tranquillement se glisser dans la peau du Père de la nation et infantiliser davantage le peuple québécois. Pendant des générations, elle lui a dit quoi penser, quoi croire, quoi manger, comment éduquer leur enfants, comment se reproduire et surtout comment voter. Les canadiens-français n,avaient pas à réfléchir, les parents en soutanes et le Gouvernement décidaient pour lui. Et quelque part, ce qui est normal, il était bien le peuple dans cette position.

C’est normal, l’humain est ainsi fait. Il est fondamentalement paresseux l’humain. Il a besoin de se sentir libre de ses mouvement, mais si on l’encadre de la manière la moins envahissante et manifeste possible, dans un enclos assez vaste pour ne pas qu’il voit les grillages, en lui épargnant les ennuyantes responsabilités de devoir penser aux besoins de tous ses frères et soeurs,  il se sent bien. Il ne veut que penser à son confort intime et familiale. S’il mange à sa faim et qu’il dort la nuit, il est heureux.

Les gens qui vivent ici et qui ont vécu ailleurs, en Europe et en Afrique nous le font remarquer: le Québécois tient énormément à son confort et ne veut pas du tout le perde et c’est pourquoi il ne fait rien. Il parle, il parle, il chiale, ça il le fait allègrement. Mais après le boulot et après avoir couché ses petits, il ne veut pas sortir de chez lui. Il est fatigué, il veut regarder la télé, tranquille, avec sa douce ou son amoureux, fêter un peu la fin de semaine, mais ne lui demande pas de sortir de sa maison.

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Lecture du courrier des lecteurs « Pauvres Riches »

7 août 2009

Lorsque je lis le journal, j’aime bien passer un oeil sur le courrier des lecteurs, les lecteurs sont souvent plus intéressant que les journalistes.

Dans Le Soleil du 26 juillet dernier, monsieur Léopold Thomassin écrivait:

« Pauvres riches.

Je ne suis sûrement pas le seul à m’interroger sur la pauvreté, la richesse et la justice. Les compagnies de pétrole font des profils faramineux: ce n’est pas le gouvernement qui va s’en plaindre, les taxes entre en quantité. Certains gestionnaires flouent des familles entières: quelques mois de prison pour quelques millions de dollars. Des promoteurs abattent des arbres sans permis et la Ville sévit: pas grave, les acheteurs de condos vont payer la note. Hydro-Québec fait un erreur: le client écope et n’a aucun recours. Encore là, ce n,est pas le gouvernement qui va s’en plaindre: une autre entrée d’argent. On est en temps de crise, mais on distribue les bonis aux administrateurs, même médiocres. Sans parler  d’une ministre qui démissionne après quelques mois: les contribuables paieront le million que coûtera l’élection complémentaire.

« J’ai une amie qui vit l’inverse. À 14 ans, on a du lui amputer une jambe à la suite d’un cancer. Cela ne l’a pas empêchée de vivre intensément, d’avoir des enfants, de se dévouer pour les autres et j’en passe. Elle se retrouve à la retraite avec une revenu annuel de 20 000$. Le hic, c’est que dans ce montant se trouve une rente d’environ 7000$ pour invalidité. Mon amie a eu 65 ans.

Qu’a-t-elle reçu en cadeau du gouvernement ?

On a mis fin à sa rente de 7000$. Elle devra vivre avec 13 000$ annuellement.

Vous trouvez ça juste, vous ?

Mais le gouvernement n’a rien à craindre. Le peuple québécois est soumis, docile. Il critique pour la forme, mais accepte tout ça sans broncher. J’adhère entièrement à une phrase lue dans ce courrier des lecteurs et qui paraphrasait Jordi Bonet:  » Vous êtes pas écoeuré de payer bande de caves  ».

Mais non, allez-y, le peuple québécois est capable d’en prendre, il est fait fort: heureusement pour nos gouvernements, quels qu’ils soient. »

Les Martyrs et les Bourreaux

29 mars 2009

Dans les journaux de Québec, ces derniers jours, il a été question à quelques reprises d’une souffrance dont on parle très peu, et qui pourtant, moi m’a toujours préoccupé: les adolescents-es marginalisés et martyrisés par leurs confrères de classe.

À tout le moins, jamais à ma connaissance en avait-on parlé dans les journaux avec un tel traitement, en l’abordant sous l’angle de la santé publique, comme d’une véritable problématique sociale, au même titre que le taxage dans les cours d’école, les abus sexuels et le jeu compulsif.

Et je trouve la chose fort pertinente. Je me dis, enfin !

Il semble que dans l’actualité des dernières semaines, plusieurs cas aux consonances similaires ayant fait les manchettes aient allumé la sonnette des journalistes, qui se sont dit: « Tien, après la violence conjugale, la pédophilie, la crise économique, Barack Obama, la cyberdépendance, voilà un nouveau sujet à exploiter», ou bien des professionnels de la santé ont directement invité les médias à en parlé comme d’un problème sérieux.  Peu importe, on en parle.

David Fortin, un jeune homme du Saguenay est en fugue depuis des semaines. Ses parents, d’abord, ne comprennent pas pourquoi il est parti. La police, puis les journalistes, font enquête, interrogent ses proches. On apprend que le garçon était le souffre douleur des autres jeunes de son école, victime quotidienne de moqueries, de violence. C’est cette situation, devenue invivable pour lui, qui l’aurait poussé à quitter le domicile familiale. Pour cesser de souffrir.

Je crois que c’est LE cas qui a incité les journaux à en parler.

D’abord, un article paru dans le Soleil, si je ne me trompe, discutait de la «moquerie homophobe» qui serait plus fréquente et plus dure qu’avant, selon les psys et travailleurs sociaux. Pourquoi, soudain, en 2009, l’orientation sexuelle ou plutôt le paraître-virile et féminin serait davantage une source de préoccupation pour nos jeunes, alors que notre société québécoise devient davantage tolérante quant à l’homosexualité. Savent pas. Les psy soulignent que beaucoup de jeunes disent être rejetés et victime de violence en raison de leur orientation sexuelle ou encore, plus souvent, en raison de soupçons infondés d’une attirance chez eux pour le même sexe ou en raison d’une apparence et de leur attitude jugée peu virile ou féminin. Conséquence directe de ce type de stigmatisation ? Rejet, isolement du jeune, dépression, décrochage, tentative de suicide, perte d’estime de soi. Ou encore, délinquance, déviance sociale, criminalité.

C’était, dit-on, le cas de David.

Dans le Journal de Québec de ce jeudi (à moins que ce n’était Le Soleil ? J’y vais de mémoire, je n’ai pas gardé l’exemplaire que j’ai lu au travail), une page entière de deux articles portait sur ces adolescents rejetés et cruellement martyrisés par d’autres jeunes, ces jeunes qui vivent à tous les jours dans la crainte anxieuse, celle de ne pas savoir quand et d’où les paroles vénéneuses pointeront-elles, quand la claque derrière la tête viendra, quand recevera-t-il cette gomme dans les cheveux, quand sera-t-il plaqué dans les cases, quand lui baissera-t-on son pantalon dans l’agora, devant tout le monde. De jeunes adultes dans la vingtaine témoignaient de l’enfer qu’avait été pour eux et elles l’adolescence et le secondaire.

Une jeune aujourd’hui âgée de 22 ans témoignait. De sa première année du primaire, à 6 ans, jusqu’à la fin de son secondaire 5, à 17 ans, elle a été la cible de railleries et de moqueries très blessantes sur son apparence physique ingrat, sa dentition de sorcière. On lui faisait des coups à tous les jours, volait son sac à dos, le cachant ailleurs, la poussait, la frappait. On la considérait comme un déchet, la rejetait. Elle a vécu dans la solitude et la peur des autres tout ce temps. Jusqu’à ce qu’elle entre au cégep qui fut une libération pour elle. La liberté. Elle s’est fait d’autres amis.

Aujourd’hui devenue femme, elle souffre encore d’une très faible confiance en elle, une piètre estime de sa personne, de sa valeur. Elle a dû suivre une thérapie pour apprendre à s’aimer et à se faire aimer par les autres, ensuite. Ces bourreaux d’autrefois étaient des filles. Les filles sont plus cruelles que les gars juge-t-elle, mesquines, hypocrites, vicieuses et sectaires pourrait-on dire. Elle n’entretient d’ailleurs des amitiés qu’avec des gars. Effectivement, de mes souvenirs, à l’adolescence, les filles sont très dures entre elles, le moindre détail insignifiant étant suffisant pour jeter une d’entre elles à l’écart du groupe, de la «gang»: une telle est trop grosse, trop mince, pas assez belle, s’habille mal, une telle à fait de l’oeil à tel gars…

Un autre cas qui a traversé l’actualité des derniers jours: l’histoire de Francis Prouxl, ce monstre qui a enlevé Nancy Michaud, assistante du ministre Béchard, qui lui a fait subir vous-savez-quoi avant de la tuer. C’est ce genre d’enfer qu’il a vécu toute sa vie… et en a fait un monstre. (enfin je reviendrai sur lui plus tard).

Comme moi, ces histoires ne vous en rappellent pas d’autres connues dans votre jeunesse ?

Moi, dans ma tête, des dizaines de visages défilent, des centaines de scènes se déroulant dans le décor de ma polyvalente me reviennent en mémoire. Je me rappelle l’impuissance que je ressentais alors. Car pour se porter à la défense d’une «rejet», il fallait avoir les reins solides, à moins de faire partie de la caste des forts, des «hots», des «cool», car la claque tu tentais d’éviter à l’un, c,est toi ensuite qui la mangeait sur la gueule et tu pouvais en recevoir à tous les jours par la suite.

Je pense à ce David, qui était au primaire avec moi, nerveux, anxieux, pleurnichard, pourri dans les sports, à l’école, qui se faisait traité de «fif» dès la première année (alors qu’on ne savait même pas ce que cela signifiait). Il a doublé et redoublé encore, est entré au secondaire quelques années derrière nous, pour finir par disparaître. Il a lâché l’école. Il était toujours seul, rasait les murs de la poly sur l’heure du diner, de peur que quelqu’un arrive par derrière pour lui foutre une baffe ou lui crier des noms. Évidement, jamais eu de blonde, autre motif pour rire de lui.

Tout ce que je sais de lui aujourd’hui, c’est qu’il a fini par reprendre des études, il vit actuellement en Outaouais. Il a repris le dessus, me dit-on. Il a réussi à confronter sa mère maladivement couveuse.  Une vraie folle, je n’ai pas peur de le dire crûment, il n’y a pas d’autre terme pour la désigner. Je l’ai bien connue, elle, j’allais jouer souvent chez lui étant petit, une paranoiaque, qui empêchait de sortir, de faire quoi que ce soit comme les autres enfants, de peur qu’il se blesse. Il ne pouvait venir chez moi car sa mère craignait que les rats musqués du marais derrière chez nous et les marmotte, écureuils de la forêt non loin ne viennent le mordre. Vous voyez le genre ? Elle l’a enfermé dans son cocon ouatteux, l’a empêché de devenir un homme, en a fait un condensé de peur, en a fait ce qu’il est devenu, est selon moi la seule cause de son malheur. Elle l’a un jour perdu son fils aussi. Il a claqué la porte et est parti.

Je pense aussi à ce Yves, dont les parents étaient Témoins de Jéhova, à ce petite Pierre, efféminé, timide, qui avait pour amies deux filles aussi impopulaires que lui. Évidemment que tout le monde traitait de «p’tite tapette» (alors qu’il n’était probablement même pas gay). Ce Martin aussi, autrefois parmi la caste des hots et qui du jour au lendemain s’est retrouvé dans l’équipe adverse. Lui aussi se faisait traité de gay. Pourquoi ? Je n’en sais rien, il n’était pas moins virile qu’un autre, aimait les filles. Il a du dire quelque chose qui n’a pas plus aux toughs de sa gang. Une naiserie sans doute. Les deux dernières années du secondaire ont été pour lui l’Afghanistan de nos soldats canadien: sur le qui-vive à tous les jours. À la fin de secondaire 5, à la fin des cours, alors que tout le monde gagnait son autobus jaune sous un soleil brûlant de juin, une vitrine de l’entrée de l’école à éclaté. Je m’en souvient très bien, je venais de passer la porte, j’étais rendu à peut-être 10 mètre de la vitrine quand j’ai entendu l’atroce bruit de la glace qui explose en morceau, un son épeurant, qu’on n’entend d’ordinaire que dans les films d’action lorsqu’un héros traverse une fenêtre d’un haut gratte-ciel et sombre en chute libre vers un boulevard achalandé. Je me suis retourné et j’ai vu Martin tomber sur le dos, une infinité de cubes de verre sur son ventre, quelques dangereuses lames aiguës de vitre encore attachées au chambranle pointant sur sa figure. Je me suis souvenu alors qu’en sortant, dans le fumoir qui occupait une grande salle entre la porte d’entrée et l’extérieur, Pierre-Luc, Lefèvre et Pat Marchand (aucun lien de parenté avec moi, je tiens à le signaler) l’entouraient et le bousculaient. Une rumeur courait depuis l’heure du diner: ces trois-là voulait lui en foutre une bonne ce soir. Pourquoi ? Pas de raison, parce que c’était Martin le fifon ! Parce qu’ils avaient décidé qu’il était gay, qu’il était con, que ce serait lui qu’ils feraient souffrir, et que c’était la fin du secondaire et qu’il fallait en finir avec lui.

Il y en a tellement d’autres, tellement d’histoires.

Ça vient me chercher, de loin, ce sujet-là. Parce que j’ai vécu ces malheurs comme observateur impuissant, parce que moi aussi, comme beaucoup de jeunes, j’ai eu mes bourreaux à quelques moments. Je ne faisais pas partie de la caste de hots, non, j’étais plutôt de la caste de ordinaires, dans l’entre deux. Je n’ai pas vécu l’enfer de ces jeunes-là, seulement durant quelques courtes périodes, en secondaire 3 et 5, mais comme beaucoup j’y ai goûté juste assez longtemps, pour imaginer ce qu’a pu être d’être un martyr durant plusieurs années.

Ça me fait réagir car encore aujourd’hui, je connais des gars et des filles qui ont été martyr dans leur jeunesse. Ils sont devenus adultes, responsables, des professionnels, même parents pour certains. Mais lorsqu’ils ont abordé ce passé avec moi, je voyais la faille profonde se rouvrir. Ils me disent que la crainte des autres demeure toujours là, même lorsqu’on est devenu un «fort» avec les années, même si on a une vie qu’on aime, une conjointe ou un conjoint qui nous aime, des enfants qu’on aime, une job superbe, des amis, une vie sociale dynamique, cette blessure demeure là. Elle les hante, les fait encore hésiter. Certain ne s’en sont pas si bien sorti, ont chuté, n’ont jamais réussi à se construire une personnalité par la suite, ni un réseau social, sont demeurés des rejetés. Un ami me disait que lorsque tu as été rejeté dans ta jeunesse, souvent tu gardes toute ta vie durant une attitude de rejeté, de perdant, à des degrés variables, mais cette identité là te suit toute ta vie, comme un monstre intérieur resurgissant par intermittence. C’est vrai.

Dans les articles que je mentionnais plus tôt, les psys et TS prétendaient que ce phénomène devrait dorénavant être pris au sérieux par les directions d’école, les enseignants et surtout par les parents. Il serait de la responsabilité des autorités scolaires d’intervenir davantage.
Que doit-on faire, demandait-on dans ces articles ?

Une solution à ce problème, y en a-t-il ? Non.
Vouloir abolir la marginalisation chez les jeunes c’est comme de vouloir faire disparaître la guerre dans le monde. Impossible. Jusqu’à l’extinction de l’espèce humaine, cette sorte de sélection sociale se poursuivra. On n’empêchera jamais les jeunes d’être durs entre eux, de mettre certains à l’écart, d’écraser les autres pour faire sa place. Cela fait partie du processus de socialisation. Même dans les sociétés les plus égalitaires que l’humanité ait connues, il y a eu des jeunes rejetés, pour toutes sortes de raisons, parce qu’ils sont laids, qu’ils ont les dents croches, à cause de leur religion, parce qu’ils n’ont pas de talent dans les domaines valorisés, comme le sport, les arts… L’humain ne peut s’empêcher de hiérarchiser, la mécanique de notre cerveau nous y condamne. Il a besoin de classement, d’étiqueter les choses et les personnes, il a besoin d’ordre pour voir clair. En groupe, l’humain a instinctivement besoin de placer ses compères entre supérieurs et inférieurs, dans les chemises numérotés d’un classeur, tous leur donner un rôle, un grade, un poste, une position.

Ce comportement humain ne disparaîtra jamais, qu’on le veuille ou non.

Les ados apprennent à devenir adulte, construisent leur personnalité de demain, et de se confronter aux autres est, malheureusement, le seul moyen d’y parvenir.

Toutefois, à petite échelle, nous pouvons, je crois, intervenir, tenter d’améliorer la situation des jeunes qui souffrent le plus. Mais ce n’est pas une tâche facile. Les profs qui s’en mêlent et prennent la défense de jeunes souffres-douleur risquent toujours de subir une riposte des bourreaux. Même chose pour la direction, les psycho-éducateurs et psys de ces écoles. Et bien souvent, en se mêlant de ces chamailles d’enfants, on aggrave la situation de la victime. Les bourreaux répliqueront plus cruellement, car le jeune ne s’est pas défendu. C’est une mauviette, un lâche. Si les parents s’en mêlent, c’est cent fois pire pour le jeune.  À éviter à tout prix.

Selon mes souvenirs, le seul moyen pour un martyr de s’en sortir était soit de gagner l’estime des autres en exploitant ses autres talents. Par exemple, un jeune qui avait du talent en théâtre qui épatait la galerie dans une pièce, ou un jeune qui se démarquait en musique ou en sport.
Mais le meilleur moyen selon mes souvenirs (et là je ne vais pas me faire aimer de certains), était la vengeance. Mais la vengeance bien mesurer, celle qui rend à César ce qui revient à César, en humiliant celui qui nous a humilié, mais à un point de non retour pour le bourreau, à un point où le martyr montre à son bourreau qu’il peut se défendre et faire mal. Le ridiculiser devant ses amis.

Par la suite, il y a souvent représailles, et pas des plus délicates. Mais au moins alors, le martyr a montré qu’il n’est pas un faible. Il a gagné au moins un point.

Je pense à l’exemple d’un ami qui a fait rire de lui par un groupe de gars tout son secondaire, qui riaient de lui, de sa famille, qui le bousculait et l’invitait à se battre régulièrement, mais lui, il refusait, fuyait. Un jour, il a osé se retourner contre ses bourreaux, il en a cogné un. Ça s’est passé comme dans les films américains pour adolescents, vous savez, lorsque le petit nerds décide de confronter le grand con joueur de football qui sort avec la belle nana que le petit nerds aime, qu’il lui donne un bon punch bien placé sur le nez et le met K.O., devant tous ses amis, et surtout la belle nana du grand con. Et là la belle nana tombe en amour avec le nerds.

Non mon ami n’a pas gagné le coeur d’une belle nana dans cette histoire, mais il y a foutu une de ces correction au grand con: K.O., dans les vappes, au tapis.

Plus jamais il ne s’est fait écoeurer.

Pour être honnête, je ne crois pas vraiment à ce que je vient d’écrire, mais un tout petit peu. Parfois cette réaction, humilier le bourreau, va changer la vie du martyr ou du moins lui procurer une première marche vers la caste supérieur. Mais rarement.

Je n’ai pas de solution, en fait. C’est toujours du cas par cas. Mais je suis d’avis que les autorités scolaires ont le premier rôle essentiel à jouer: ne pas tolérer ces situations lorsqu’ils en sont témoins.

Cependant, la véritable source du problème est ailleurs, n’est pas à l’école ou dans la rue.

Elle est à la maison.
Et il se prévient dès le berceau, ce problème, et durant toutes les années qui suivent.

Les cas que j’ai brièvement décrits plus tôt le démontrent selon moi, car dans tous ces cas, que j’ai connu dans ma jeunesse, que j’ai lu dans les journaux, un point commun: des parents qui n’avaient pas préparé leur enfant à affronter le monde.

Tout est entre les mains des parents !