Rédaction et remoue d’idées

12 mai 2009

Si je publie peu depuis quelques semaines sur mon blog encore presque vierge, c’est que je suis un peu occupé à autre chose. Je participe cet été à un atelier d’écriture donné par l’écrivaine Élisabeth Vonarburg, et la rédaction d’une nouvelle pour cette formation accapare une bonne partie de mon temps libre.

Je n’ai pour l’instant rédigé que le premier jet d’une nouvelle qui nécessiterait encore beaucoup de réécriture pour être acceptable. Mais cette histoire me satisfaite peu. Je planche sur deux autres idées d’histoires parallèlement, mais dans les deux cas, le plan du scénario n’est pas encore achevé à deux semaines de la date de remise. De petits noeuds dans la trame du récit refuse de se dénouer dans mon esprit encore. Et à chaque fois que je me mets à triturer un scénario, des idées d’intrigues me viennent pour d’autres histoires. J’essaie parfois de les insérer dans l’une ou l’autre de ces premiers projets en chantier, mais alors, j’aboutis toujours à une giblotte trop complexe. Je note alors l’idée ailleurs, sous forme de court synopsis, en vue d’y réfléchir plus tard.

J’ai décidé aujourd’hui de revenir un peu à la première nouvelle, la plus avancé. J’y donnerai une forme acceptable, qui aura la taille demandée pour l’animatrice, soit 15 pages, et tant pis si je la trouve banale cette histoire.Au moins j’aurai une nouvelle d’écrite si jamais je n’ai pas réussi à produire une histoire que me satisfasse suffisamment.

Au fond, ce n’est qu’un exercice de formation. Il n’est guère obligé que ce soit la meilleure nouvelle que j’aie pu écrire de ma vie.

Peur et dégoût à Las Vegas

5 avril 2009

Mon frère Mathieu revient tout juste d’un séjour dans la capitale mondiale du jeton de poker, la mythique ville américaine du gambling et du néon.

Un peu comme le personnage du roman de Hunter S. Thompson et du film de Gillian qui s’en inspire, mon frère  s’est rendu dans ce haut lieu de l’arnaque dans le cadre d’un contrat de travail. Sauf que lui, il est caméraman et ne s’est pas vautré dans la consommation exacerbée de toutes les narcotiques existant sur cette Terre.

Non. Tout au plus a-t-il bu quelques bières.

Il s’est évidemment essayé au jeu… à misé un maigre 30 $ pour en récupéré 30 $ en fin de soirée. Belle moyenne, non ?

Il m’ a conté avoir voulu se risquer à une joute de dés, sur un table entourée de 2 ou 3 gars et de leurs jetons de plastique. Il avait 10$ dans ses poches. Il attendait patiemment qu’un tour se termine et lui permette de se joindre à la partie, lorsqu’un des joueurs a raflé la mise: «Ten douzen dollars for Mr. Smith » a fait le croupier sur un ton monocorde.  Mathieu a aussitôt avalé sa chique de gomme balloune de travers, dru dans le fond de son gossier, a tourné les talons et s’est éclipsé. Il s’est rabattu sur les machines à sous à 1 $.

Paraît que le jeu, ce n’est pas pour tous les porte-feuilles.

Mais la bière et les drinks sont toujours gratuits pour tout le monde. Ce n’est pas là-dessus que les casinos font leur profil, c’est sur les pertes des visiteurs. Et plus un joueur est affecté par l’alcool, moins il est raisonnable, plus il joue, plus il dépense. Alors la maison le lui paie, avec plaisir.

Las Vegas est un véritable palais de plastoche et de toc, m’a dit Mathieu, de luxe kitsch, tout un décor de richesse cheap, fake. Des restos d’un chic ennivrant, au prix d’un diner pour deux chez Harvey’s, un chic d’apparence. Pour faire tournoyer aux visiteurs et aux habitant l’impression d’être foutrement riche. Mais tout est abordable, à moins de se louer une chambre dans les grands hôtels et les restos 5 étoiles. Les hôtels et les restos bas de gamme s’offrent un decorum de palais princiers.

Les rues de la ville sont nickel, pas un déchet sur le macadam, ça brille de partout, les pelouze sont tondues au scalpel, les vitrine frottée au chiffon de soie, les taxis et les voitures n’exposent pas un miligramme de poussière bien que l’on soit en plein milieu du désert.  Des néons partout, des enseignes lumineuses, des milions de kilowatt-heure par jours.

À son arrivé dans la cité, Mathieu nous a envoyé une photo. Un choc culturel. La voici:

Las Vegas

Las Vegas

1 avril 2009

J’y allais un peu fort en écrivant que toute la faute repose sur les épaules des parents de ces ados.

Pas tout, non. Mais un bon 50 % je dirais, selon moi.

Le rôle de parent n’est pas des plus simples. C’est même la job la plus difficile qui soit. On porte (le on est un pronom exclusif: je n’ai jamais été père encore) dans nos bras une jeune vie, si fragile, si vulnérable, durant les années les plus décisives de l’existence, celles qui consolideront l’équilibre émotif, affective et psychologique de la personne, celle de la petites enfance, de l’enfance puis de l’adolescence. Le moindre geste, la moindre parole, la moindre caresse marque cette petite éponge, à jamais.
Ce n’est pas que nourrir et changer des couches, c’est éduquer, réconforter, former, aide ce petit être en croissance à se créer, à devenir adulte, à devenir un animal social. Lui apprendre les règles du jeu, les normes, les bonnes manières, les bonnes valeurs, apprendre à aimer, apprendre la discipline, apprendre interagir avec les autres.
Mon père me disait qu’on apprend jamais à être parent. Il n’existe aucun guide, aucun mode d’emploi adéquat, même les conseils des autres parents ne sont pas suffisant: c’est un métier qui s’apprend « sur le tas », par essai et erreur. Même au bout du troisième, on fait encore des erreurs, on apprend toujours du nouveau. Devenir parent, je crois, est un exercice d’humilité.
J’admire les jeunes parents que je connais, pour leur courage et le dévouement que cela exige.
Je ne peux m’imaginer à leur place, la charge de responsabilité que cela représente me ferait mourir d’angoisse.
À mon humble avis, les principales responsabilités d’un parent sont de montrer suffisamment à son enfant qu’il aime, lui procurer de l’affection et de la tendresse et surtout lui donner les outils pour devenir un être autonome, un adulte. Le premier outil pour y parvenir est la confiance en soi. Ça on ne nait pas avec. On l’apprend. La confiance est quelque chose de bien fragile, que l’on doit entretenir toute notre vie, réparer souvent, car la vie est truffé d’embuches, d’échec et d’erreurs qui sont autant de cause de fuite pour la confiance de soi. Et sans cette confiance, on ne peut plus avancer. Si nos parents nous on aidé à bâtir très jeune une estime de soi solide, les chutes à venir seront difficile.

La confiance en soi ce bâtit à la rencontre des autres, à la maternelle, à la garderie, à l’école, dans les parcs et les terrains de jeux, avec les autres jeunes. Guider son enfant dans la jungle, là est pour moi la tâche la plus importante. Car notre enfant n’est pas qu’un petit homo sapiens: c’est un animal social. L’humain ne peut vivre et ne peut même exister sans les autres.

Alors les parents doivent apprendre à leurs enfant à faire leur place dans la foule, dans cette véritable jungle qu’est la communauté humaine. Ils doivent leur transmettre du courage, de l’assurance, l’estime de soi pour savoir foncer, prendre une place et la garder, se faire reconnaître des autres.
Un gars me citait un jour un anthropologue qui disait que l’existence humaine est un éternelle combat à mort pour la reconnaissance, de la naissance à la mort: l’enfant naissant crie pour se faire reconnaître de sa mère pour qu’elle le nourrisse, plus tard il doit encore crier pour qu’elle continue de le nourrir, plus tard encore il devrait garder la reconnaissance de ses pairs pour continuer de manger, pour qu’on lui donne une job qui le nourrira. Si on vient à ne plus le reconnaître comme une personne de valeur, il perd sa job, sa place, il est rejeté du groupe, qui ne le nourrira plus et meurt. Si dans le groupe tu n’es plus reconnu comme une personne de valeur, le groupe de te rejette et te laisse crevé.

Voilà pour moi le plus important à transmettre à son enfant: la capacité à faire sa place dans le groupe, à devenir un véritable adulte.

Devant l’ampleur de la tâche que cela représente, j’admire aussi mes propres parents qui ont su transmettre ce savoir faire à leur trois bambins.

Mais beaucoup ont eu des enfants qui ont pris leur rôle trop à la légère et qui n’ont pas montré ça à leur rejetons. Ce fut le cas des parents de ce David Fortin, ce fut le cas des parents du David qui était mon ami au primaire, et de tous les autres martyrs.

Les Martyrs et les Bourreaux

29 mars 2009

Dans les journaux de Québec, ces derniers jours, il a été question à quelques reprises d’une souffrance dont on parle très peu, et qui pourtant, moi m’a toujours préoccupé: les adolescents-es marginalisés et martyrisés par leurs confrères de classe.

À tout le moins, jamais à ma connaissance en avait-on parlé dans les journaux avec un tel traitement, en l’abordant sous l’angle de la santé publique, comme d’une véritable problématique sociale, au même titre que le taxage dans les cours d’école, les abus sexuels et le jeu compulsif.

Et je trouve la chose fort pertinente. Je me dis, enfin !

Il semble que dans l’actualité des dernières semaines, plusieurs cas aux consonances similaires ayant fait les manchettes aient allumé la sonnette des journalistes, qui se sont dit: « Tien, après la violence conjugale, la pédophilie, la crise économique, Barack Obama, la cyberdépendance, voilà un nouveau sujet à exploiter», ou bien des professionnels de la santé ont directement invité les médias à en parlé comme d’un problème sérieux.  Peu importe, on en parle.

David Fortin, un jeune homme du Saguenay est en fugue depuis des semaines. Ses parents, d’abord, ne comprennent pas pourquoi il est parti. La police, puis les journalistes, font enquête, interrogent ses proches. On apprend que le garçon était le souffre douleur des autres jeunes de son école, victime quotidienne de moqueries, de violence. C’est cette situation, devenue invivable pour lui, qui l’aurait poussé à quitter le domicile familiale. Pour cesser de souffrir.

Je crois que c’est LE cas qui a incité les journaux à en parler.

D’abord, un article paru dans le Soleil, si je ne me trompe, discutait de la «moquerie homophobe» qui serait plus fréquente et plus dure qu’avant, selon les psys et travailleurs sociaux. Pourquoi, soudain, en 2009, l’orientation sexuelle ou plutôt le paraître-virile et féminin serait davantage une source de préoccupation pour nos jeunes, alors que notre société québécoise devient davantage tolérante quant à l’homosexualité. Savent pas. Les psy soulignent que beaucoup de jeunes disent être rejetés et victime de violence en raison de leur orientation sexuelle ou encore, plus souvent, en raison de soupçons infondés d’une attirance chez eux pour le même sexe ou en raison d’une apparence et de leur attitude jugée peu virile ou féminin. Conséquence directe de ce type de stigmatisation ? Rejet, isolement du jeune, dépression, décrochage, tentative de suicide, perte d’estime de soi. Ou encore, délinquance, déviance sociale, criminalité.

C’était, dit-on, le cas de David.

Dans le Journal de Québec de ce jeudi (à moins que ce n’était Le Soleil ? J’y vais de mémoire, je n’ai pas gardé l’exemplaire que j’ai lu au travail), une page entière de deux articles portait sur ces adolescents rejetés et cruellement martyrisés par d’autres jeunes, ces jeunes qui vivent à tous les jours dans la crainte anxieuse, celle de ne pas savoir quand et d’où les paroles vénéneuses pointeront-elles, quand la claque derrière la tête viendra, quand recevera-t-il cette gomme dans les cheveux, quand sera-t-il plaqué dans les cases, quand lui baissera-t-on son pantalon dans l’agora, devant tout le monde. De jeunes adultes dans la vingtaine témoignaient de l’enfer qu’avait été pour eux et elles l’adolescence et le secondaire.

Une jeune aujourd’hui âgée de 22 ans témoignait. De sa première année du primaire, à 6 ans, jusqu’à la fin de son secondaire 5, à 17 ans, elle a été la cible de railleries et de moqueries très blessantes sur son apparence physique ingrat, sa dentition de sorcière. On lui faisait des coups à tous les jours, volait son sac à dos, le cachant ailleurs, la poussait, la frappait. On la considérait comme un déchet, la rejetait. Elle a vécu dans la solitude et la peur des autres tout ce temps. Jusqu’à ce qu’elle entre au cégep qui fut une libération pour elle. La liberté. Elle s’est fait d’autres amis.

Aujourd’hui devenue femme, elle souffre encore d’une très faible confiance en elle, une piètre estime de sa personne, de sa valeur. Elle a dû suivre une thérapie pour apprendre à s’aimer et à se faire aimer par les autres, ensuite. Ces bourreaux d’autrefois étaient des filles. Les filles sont plus cruelles que les gars juge-t-elle, mesquines, hypocrites, vicieuses et sectaires pourrait-on dire. Elle n’entretient d’ailleurs des amitiés qu’avec des gars. Effectivement, de mes souvenirs, à l’adolescence, les filles sont très dures entre elles, le moindre détail insignifiant étant suffisant pour jeter une d’entre elles à l’écart du groupe, de la «gang»: une telle est trop grosse, trop mince, pas assez belle, s’habille mal, une telle à fait de l’oeil à tel gars…

Un autre cas qui a traversé l’actualité des derniers jours: l’histoire de Francis Prouxl, ce monstre qui a enlevé Nancy Michaud, assistante du ministre Béchard, qui lui a fait subir vous-savez-quoi avant de la tuer. C’est ce genre d’enfer qu’il a vécu toute sa vie… et en a fait un monstre. (enfin je reviendrai sur lui plus tard).

Comme moi, ces histoires ne vous en rappellent pas d’autres connues dans votre jeunesse ?

Moi, dans ma tête, des dizaines de visages défilent, des centaines de scènes se déroulant dans le décor de ma polyvalente me reviennent en mémoire. Je me rappelle l’impuissance que je ressentais alors. Car pour se porter à la défense d’une «rejet», il fallait avoir les reins solides, à moins de faire partie de la caste des forts, des «hots», des «cool», car la claque tu tentais d’éviter à l’un, c,est toi ensuite qui la mangeait sur la gueule et tu pouvais en recevoir à tous les jours par la suite.

Je pense à ce David, qui était au primaire avec moi, nerveux, anxieux, pleurnichard, pourri dans les sports, à l’école, qui se faisait traité de «fif» dès la première année (alors qu’on ne savait même pas ce que cela signifiait). Il a doublé et redoublé encore, est entré au secondaire quelques années derrière nous, pour finir par disparaître. Il a lâché l’école. Il était toujours seul, rasait les murs de la poly sur l’heure du diner, de peur que quelqu’un arrive par derrière pour lui foutre une baffe ou lui crier des noms. Évidement, jamais eu de blonde, autre motif pour rire de lui.

Tout ce que je sais de lui aujourd’hui, c’est qu’il a fini par reprendre des études, il vit actuellement en Outaouais. Il a repris le dessus, me dit-on. Il a réussi à confronter sa mère maladivement couveuse.  Une vraie folle, je n’ai pas peur de le dire crûment, il n’y a pas d’autre terme pour la désigner. Je l’ai bien connue, elle, j’allais jouer souvent chez lui étant petit, une paranoiaque, qui empêchait de sortir, de faire quoi que ce soit comme les autres enfants, de peur qu’il se blesse. Il ne pouvait venir chez moi car sa mère craignait que les rats musqués du marais derrière chez nous et les marmotte, écureuils de la forêt non loin ne viennent le mordre. Vous voyez le genre ? Elle l’a enfermé dans son cocon ouatteux, l’a empêché de devenir un homme, en a fait un condensé de peur, en a fait ce qu’il est devenu, est selon moi la seule cause de son malheur. Elle l’a un jour perdu son fils aussi. Il a claqué la porte et est parti.

Je pense aussi à ce Yves, dont les parents étaient Témoins de Jéhova, à ce petite Pierre, efféminé, timide, qui avait pour amies deux filles aussi impopulaires que lui. Évidemment que tout le monde traitait de «p’tite tapette» (alors qu’il n’était probablement même pas gay). Ce Martin aussi, autrefois parmi la caste des hots et qui du jour au lendemain s’est retrouvé dans l’équipe adverse. Lui aussi se faisait traité de gay. Pourquoi ? Je n’en sais rien, il n’était pas moins virile qu’un autre, aimait les filles. Il a du dire quelque chose qui n’a pas plus aux toughs de sa gang. Une naiserie sans doute. Les deux dernières années du secondaire ont été pour lui l’Afghanistan de nos soldats canadien: sur le qui-vive à tous les jours. À la fin de secondaire 5, à la fin des cours, alors que tout le monde gagnait son autobus jaune sous un soleil brûlant de juin, une vitrine de l’entrée de l’école à éclaté. Je m’en souvient très bien, je venais de passer la porte, j’étais rendu à peut-être 10 mètre de la vitrine quand j’ai entendu l’atroce bruit de la glace qui explose en morceau, un son épeurant, qu’on n’entend d’ordinaire que dans les films d’action lorsqu’un héros traverse une fenêtre d’un haut gratte-ciel et sombre en chute libre vers un boulevard achalandé. Je me suis retourné et j’ai vu Martin tomber sur le dos, une infinité de cubes de verre sur son ventre, quelques dangereuses lames aiguës de vitre encore attachées au chambranle pointant sur sa figure. Je me suis souvenu alors qu’en sortant, dans le fumoir qui occupait une grande salle entre la porte d’entrée et l’extérieur, Pierre-Luc, Lefèvre et Pat Marchand (aucun lien de parenté avec moi, je tiens à le signaler) l’entouraient et le bousculaient. Une rumeur courait depuis l’heure du diner: ces trois-là voulait lui en foutre une bonne ce soir. Pourquoi ? Pas de raison, parce que c’était Martin le fifon ! Parce qu’ils avaient décidé qu’il était gay, qu’il était con, que ce serait lui qu’ils feraient souffrir, et que c’était la fin du secondaire et qu’il fallait en finir avec lui.

Il y en a tellement d’autres, tellement d’histoires.

Ça vient me chercher, de loin, ce sujet-là. Parce que j’ai vécu ces malheurs comme observateur impuissant, parce que moi aussi, comme beaucoup de jeunes, j’ai eu mes bourreaux à quelques moments. Je ne faisais pas partie de la caste de hots, non, j’étais plutôt de la caste de ordinaires, dans l’entre deux. Je n’ai pas vécu l’enfer de ces jeunes-là, seulement durant quelques courtes périodes, en secondaire 3 et 5, mais comme beaucoup j’y ai goûté juste assez longtemps, pour imaginer ce qu’a pu être d’être un martyr durant plusieurs années.

Ça me fait réagir car encore aujourd’hui, je connais des gars et des filles qui ont été martyr dans leur jeunesse. Ils sont devenus adultes, responsables, des professionnels, même parents pour certains. Mais lorsqu’ils ont abordé ce passé avec moi, je voyais la faille profonde se rouvrir. Ils me disent que la crainte des autres demeure toujours là, même lorsqu’on est devenu un «fort» avec les années, même si on a une vie qu’on aime, une conjointe ou un conjoint qui nous aime, des enfants qu’on aime, une job superbe, des amis, une vie sociale dynamique, cette blessure demeure là. Elle les hante, les fait encore hésiter. Certain ne s’en sont pas si bien sorti, ont chuté, n’ont jamais réussi à se construire une personnalité par la suite, ni un réseau social, sont demeurés des rejetés. Un ami me disait que lorsque tu as été rejeté dans ta jeunesse, souvent tu gardes toute ta vie durant une attitude de rejeté, de perdant, à des degrés variables, mais cette identité là te suit toute ta vie, comme un monstre intérieur resurgissant par intermittence. C’est vrai.

Dans les articles que je mentionnais plus tôt, les psys et TS prétendaient que ce phénomène devrait dorénavant être pris au sérieux par les directions d’école, les enseignants et surtout par les parents. Il serait de la responsabilité des autorités scolaires d’intervenir davantage.
Que doit-on faire, demandait-on dans ces articles ?

Une solution à ce problème, y en a-t-il ? Non.
Vouloir abolir la marginalisation chez les jeunes c’est comme de vouloir faire disparaître la guerre dans le monde. Impossible. Jusqu’à l’extinction de l’espèce humaine, cette sorte de sélection sociale se poursuivra. On n’empêchera jamais les jeunes d’être durs entre eux, de mettre certains à l’écart, d’écraser les autres pour faire sa place. Cela fait partie du processus de socialisation. Même dans les sociétés les plus égalitaires que l’humanité ait connues, il y a eu des jeunes rejetés, pour toutes sortes de raisons, parce qu’ils sont laids, qu’ils ont les dents croches, à cause de leur religion, parce qu’ils n’ont pas de talent dans les domaines valorisés, comme le sport, les arts… L’humain ne peut s’empêcher de hiérarchiser, la mécanique de notre cerveau nous y condamne. Il a besoin de classement, d’étiqueter les choses et les personnes, il a besoin d’ordre pour voir clair. En groupe, l’humain a instinctivement besoin de placer ses compères entre supérieurs et inférieurs, dans les chemises numérotés d’un classeur, tous leur donner un rôle, un grade, un poste, une position.

Ce comportement humain ne disparaîtra jamais, qu’on le veuille ou non.

Les ados apprennent à devenir adulte, construisent leur personnalité de demain, et de se confronter aux autres est, malheureusement, le seul moyen d’y parvenir.

Toutefois, à petite échelle, nous pouvons, je crois, intervenir, tenter d’améliorer la situation des jeunes qui souffrent le plus. Mais ce n’est pas une tâche facile. Les profs qui s’en mêlent et prennent la défense de jeunes souffres-douleur risquent toujours de subir une riposte des bourreaux. Même chose pour la direction, les psycho-éducateurs et psys de ces écoles. Et bien souvent, en se mêlant de ces chamailles d’enfants, on aggrave la situation de la victime. Les bourreaux répliqueront plus cruellement, car le jeune ne s’est pas défendu. C’est une mauviette, un lâche. Si les parents s’en mêlent, c’est cent fois pire pour le jeune.  À éviter à tout prix.

Selon mes souvenirs, le seul moyen pour un martyr de s’en sortir était soit de gagner l’estime des autres en exploitant ses autres talents. Par exemple, un jeune qui avait du talent en théâtre qui épatait la galerie dans une pièce, ou un jeune qui se démarquait en musique ou en sport.
Mais le meilleur moyen selon mes souvenirs (et là je ne vais pas me faire aimer de certains), était la vengeance. Mais la vengeance bien mesurer, celle qui rend à César ce qui revient à César, en humiliant celui qui nous a humilié, mais à un point de non retour pour le bourreau, à un point où le martyr montre à son bourreau qu’il peut se défendre et faire mal. Le ridiculiser devant ses amis.

Par la suite, il y a souvent représailles, et pas des plus délicates. Mais au moins alors, le martyr a montré qu’il n’est pas un faible. Il a gagné au moins un point.

Je pense à l’exemple d’un ami qui a fait rire de lui par un groupe de gars tout son secondaire, qui riaient de lui, de sa famille, qui le bousculait et l’invitait à se battre régulièrement, mais lui, il refusait, fuyait. Un jour, il a osé se retourner contre ses bourreaux, il en a cogné un. Ça s’est passé comme dans les films américains pour adolescents, vous savez, lorsque le petit nerds décide de confronter le grand con joueur de football qui sort avec la belle nana que le petit nerds aime, qu’il lui donne un bon punch bien placé sur le nez et le met K.O., devant tous ses amis, et surtout la belle nana du grand con. Et là la belle nana tombe en amour avec le nerds.

Non mon ami n’a pas gagné le coeur d’une belle nana dans cette histoire, mais il y a foutu une de ces correction au grand con: K.O., dans les vappes, au tapis.

Plus jamais il ne s’est fait écoeurer.

Pour être honnête, je ne crois pas vraiment à ce que je vient d’écrire, mais un tout petit peu. Parfois cette réaction, humilier le bourreau, va changer la vie du martyr ou du moins lui procurer une première marche vers la caste supérieur. Mais rarement.

Je n’ai pas de solution, en fait. C’est toujours du cas par cas. Mais je suis d’avis que les autorités scolaires ont le premier rôle essentiel à jouer: ne pas tolérer ces situations lorsqu’ils en sont témoins.

Cependant, la véritable source du problème est ailleurs, n’est pas à l’école ou dans la rue.

Elle est à la maison.
Et il se prévient dès le berceau, ce problème, et durant toutes les années qui suivent.

Les cas que j’ai brièvement décrits plus tôt le démontrent selon moi, car dans tous ces cas, que j’ai connu dans ma jeunesse, que j’ai lu dans les journaux, un point commun: des parents qui n’avaient pas préparé leur enfant à affronter le monde.

Tout est entre les mains des parents !

Bienvenus sur Fuzz-Scriptum

25 mars 2009

Bienvenue sur Fuzz-Scriptum.

Je me permets d’abord un petit mot d’introduction, espèce de discours inaugural.

Pourquoi m’être créé un blog ?

Plusieurs intentions motivent la création de ce carnet virtuel.

D’abord, j’aime écrire. J’écris principalement de la fiction, de la S-F et du fantastique. Je compte toutefois très peu de publications à mon actif à ce jour. J’ai une écriture lente, timide et mal assurée.

Ce carnet se veut donc une autre occasion de gribouiller et un espace d’entraînement, sorte de Nautilus Plus de l’écriture.

Ce carnet se veut aussi une occasion de me faire lire, d’écrire avec la pression d’un lectorat qui aimera ou n’aimera pas. C’est stimulant.

Une amie de longue date à moi, Étolane, comme elle apprécie se faire nommer dans Internet – dans la blogosphère, bizzaroïsme par lequel plusieurs appellent cette dimension de l’univers – m’encourage depuis 6 ans à ouvrir un blog. Elle écrit depuis longtemps et tout comme moi, souffre d’une plume incertaine et chevrotante.

Enfin, souffrait.

Son écriture est désormais fluide. Car elle s’est mise au bloguage dans le but d’améliorer son écriture, pour la pratique quotidienne, pour entraîner le muscle, le rendre ferme, rapide et souple à la fois. Pour que le robinet se mette à couler instantanément pour emprunter sa propre expression.

Car c’est ce qu’il faut lorsqu’on désire écrire un roman. Faut éviter la panne. Pas tant la panne d’inspiration, des idées et de la création que la panne de la rédaction. Il faut être en mesure, à chaque instant, d’enchaîner les mots, construire des phrases, mieux encore, développer un texte continu, narrer n’importe quoi, ou presque, là, maintenant, à GO.

Pas de panique si ce qu’on écrit n’est pas fameux, pas aussi bon qu’on le voudrait, si c’est nul, plate, ouache ! On reverra ça plus tard, body ! Laissons reposer quelques heures ou quelques jours et on changera les mots qui ne sont pas à leur place, les personnages qui ont mis le pied dans la mauvaise histoire, on les biffera, on les changera de sexe, on leur ajoutera une moustache.

Nous ne vivons plus à une époque où le papier coûtait une fortune, où le moindre coup de plume d’oie raté gaspillait quelques précieuses feuilles de matière ligneuse. On ne tue plus inutilement un bout d’arbre à chaque brouillon jeté à la corbeille. On écrit directement à l’écran. C’est moins bucolique que dans les contes de fée d’écrivains, vous savez, ces Balzac qui pondaient des briques d’or à la plume, sur des milliers de feuilles jaunes. Mais c’est plus efficace, moins de gaspillage, on n’a aucune raison de se retenir.

Alors la Étolane, voulait me convaincre, depuis 2003 de me partir un blog pour pratiquer l’écriture au quotidien. C’est l’outil qu’elle a trouvé. Moi je ne voyais pas l’intérêt à l’époque. Qu’est-ce que j’aurais à écrire moi ? Je craignais que ce site-jeu ne soit pour moi qu’une autre source de distraction. Que j’en viendrais à écrire plus là-dessus que pour une nouvelle. Perte de temps et d’énergie. Je savais aussi que j’abandonnerais un jour ou l’autre le truc, comme maintes autres choses (comme des dizaines de projets que je note dans mes carnets, dans mon agenda, des histoires dont j’esquisse un scénario et que je ne finis jamais).

Aussi, je n’avais rien à dire, rien à conter. Tant qu’à écrire sur le Web, je voulais identifier un thème, un sujet à traiter, faire en quelque sorte du journalisme de salon.

J’ai pensé créer une sorte de magazine virtuel – webzine ? – vous voyez, portant sur les auteurs émergeants, les micro-éditeurs de livres québécois, les micro-revues littéraire, sur la musique à Québec. Peut-être à la manière de Fractale Framboise, ou de P45 ou Buzz.info.

Il me fallait un but.

Je suis comme ça, j’ai besoin d’un objectif précis, de connaître la finalité et le résultat d’un projet avant de m’y engager et surtout d’être certain de sa pertinence.

Je ne devrais pourtant pas écrire sous cette motivation puisque, on le sait bien, très faibles sont les opportunités de publication. On dit qu’au Québec, moins de 1% des manuscrits (romans, essais, nouvelles) soumis aux éditeurs seront publiés. Cependant, avoir l’assurance que le texte sur lequel nous transpirons apparaîtra en Garamond entre des feuillets reliés gonfle tellement la motivation.

J’avais une crainte aussi. Celle de faire du moi-moi-moi. Me faire la vedette. Faire de ma vie un téléroman TVA. Ce à quoi le blog semble principalement utilisé. Des nobodies, des Gisèle de Laval, des Mario de Cap-aux-Os, qui étalent sur la Toile de leurs états d’âme, dévoilent leur vie au monde entier. Qui n’ont, en vérité, absolument rien d’intéressant à raconter. M’intéresse pas, ou très peu.

L’exhibitionnisme, vice médiatique moderne, est terriblement attirant, il faut se l’avouer.

Nous sommes constamment happés dans les magazines et la télévision par la vie privée des personnalités publiques, les acteurs, musiciens, politiciens (Sarkozy, Obama), «lofteurs», «staracadémiciens», que nos vies anodines, normales, dodo-métro-boulot-dodo, nous paraissent infiniment banale. Nous rêvons tous autant que nous sommes de faire la première page du People.

Qu’offre le blog ? Cette vitrine qui la magnifiera notre banalité. Un mercredi raconté noir sur blanc (ou blanc sur noir, rouge sur gris…) gagne énormément en valeur, s’échappe de sa nature ordinaire et profane.

Parler de soi peut avoir de l’intérêt, tout dépend de la manière dont c’est fait.

Mon amie Étolane entre autres sait le faire. Dans son blog, elle parle de sa vie de famille, de sa vie de couple, mais surtout, dans les 4 dernières années elle à publier un extraordinaire journal de réflexion sur sa grossesse et sa vie de mère, sa maternitude ou mamamitude comme elle dit, teinté d’humour, d’anecdotes du quotidien, à la fois instructif et divertissant. Et surtout bien écrit. Il y a une souffle, une poésie. Ça atteint le littéraire, je dirais.

Elle va plus loin que l’auto-fiction, elle philosophie sur la parentalité. Elle saisit de petits moments ridicules de la relation parent-enfant ou conjoint-conjointe, en tire l’essentiel, nous le projette sur la toile et vient appuyer sur notre piton de la remise en question,

Pas surprenant que son blog soit l’un des plus visités au Québec, voir de la francophonie.

Je ne veux pas parler de moi. Du moins, pas trop – tapez moi sur les doigts si je commets la faute.

Étolane, qui est entrer dans la blogosphère avant même que ce ne deviennent un véritable phénomène, me prévenait devant ce mal du blog. Ce sentiment de se sentir star, écrivain vedette, simplement parce que 100 personnes viennent te lire. Plusieurs y sombrent, j’en ai vu des exemples pitoyables.

C’est tentant, non, de faire de l’exhibitionnisme ? Tomber dans le narcissisme ? Sur Internet surtout. On peut si facilement se sentir maître du monde ici. Nous avons une page à nous seul, juste pour nous ! Tout le monde peut nous lire, savoir qui nous sommes. Le monde est à nous !

Bref.

Que vais-je publier ici ?

Des essais, des billets d’information sur des sujets qui m’intéressent.

Critiquer des livres, des films, des disques, des shows.

Chiâler parfois, certain.

Annoncer des trucs que je fais, aussi.

Raconter des histoires aussi, des fictions. Divaguer.

À bientôt.