Le cri primal, dernière partie

Le cri primal : origine de la conscience spirituelle

Qu’est-ce si ce n’est que l’appel du sein maternel, si ce n’est que l’appel de la chaleur réconfortante du ventre de notre mère, de son mamelon dont le lait réchauffe notre corps agressé par l’air glacial et sec du dehors ?

Qu’est-ce que cette idée de Dieu, au-delà du dôme céleste, si ce n’est que cette voix et ce battement rythmé au-delà du dôme du placenta que l’on a entendu durant neuf mois, qui était là pour nous, nous protégeait, répondait à nos coups de pieds dans la membrane, dans cette bulle d’où pénétrait la lumière du dehors.

Qu’est-ce que l’Au-delà divin, le monde des esprit, le Paradis, si ce n’est que l’Autrepart inconnu au-delà du ventre maternel ? Si ce n’est que la luminescence filtré au-delà de la membrane, en dehors de notre petit monde, de notre petite bulle qui constituait les limites de notre monde avant notre sortie, l’univers entier, connu, le Tout, Moi unique et total.

Mais ? Une première infime-imperceptible-improbable interrogation: le Coeur-qui-bat, les vibrations-sons-choses que je perçois au-delà et qui répondent à mes coups de pieds, à qui je réponds par des coups de pieds, est-il lié à moi ?

Dieu se résume à cela, à cette certitude qu’il y a autre chose au-delà de nous, de notre bulle personnelle, que nous ne sommes jamais tout à fait seul. Quelle sensation réconfortante, n’est-ce pas, de croire qu’on n’est jamais seul, qu’un Coeur aimant bat toujours pour nous ?

Alors, devenu des hommes et des femmes adultes, autonomes, sur deux pattes, nous regardons au ciel, au-dessus de la ligne d’horizon, nous regardons par nos rêves pour espérer une réponse à nos peurs, une réponse venant d’Ailleurs, de l’Autre qui jadis répondait à tous nos besoins. Bébé, nous continuons longtemps à crier, à pleurer pour que réponse nous soit donnée, pour que nourriture nous soit livrée. Plus tard, nous prions pour que la pluie revienne et nourrisse nos cultures, pour que le gibier soit nombreux, pour que la peste cesse ses ravages, pour que la paix soit. Dieu est une mère qu’on a regrettée d’avoir un jour quittée. Dieu est un sein que l’on voudrait retrouver, une main qui vient nous cajoler les cheveux lorsqu’on a de la peine, une femme qu’un homme cherche désespérément pour baiser, pour être aimé, un homme qu’une femme cherche, pour les mêmes raisons.

Dieu n’est que la mère que l’on espérait retrouver au sortir du ventre, pour se faire prendre et se faire serrer dans ses bras. Certains espèrent même la retrouver après la mort, comme une re-naissance – crie-t-on après la mort ? Non, je ne crois pas.

L’humain n’est et ne sera jamais qu’un foetus dans le placenta qui suce son pouce.

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2 Réponses to “Le cri primal, dernière partie”

  1. Joseph André Jacques LÉGER Says:

    Une question en appelle une autre… De réduire la «conscience» humaine et ses aspirations «spirituelles» à une soif aveugle au retour au sein ou même au placenta me semble être un raccourci et certainement un enthymème qui mériterait sans doute quelques enrichissements ; que penser des notions comme le bien et le mal, ou encore la notion très vaste de la liberté ? Chez nous, les occidentaux, par exemple, la conscience demeure temporaire et, issue de la rencontre fortuite de molécules obscures, elle naît à la libération du placenta. Elle aurait donc un commencement.
    Nous nous plaçons ainsi, selon moi, face à une impasse philosophique. D’abord si je prends des notions (bien réelles) comme une équation mathématique (2+2= 4), qui demeure pourtant un phénomène de conscience, celle-là ne possède ni commencement ni fin, de fait elle échappe à toute temporalité. Comment ne pas concevoir la conscience comme étant de même nature, c’est-à-dire intemporelle ? C’est un peu le même problème avec la liberté : comment peut-on même concevoir un être libre en ce monde si celui-ci n’a pas choisi librement d’y venir ? C’est un cul-de-sac, un paradigme sans issue… Ne n’avons même pas effleurer le sujet de l’intelligence qui elle, manifestement, ne peut pas avoir de commencement ; l’héritage de nos langues indo-européennes nous enferme dans une perception du temps et de l’espace qui n’a rien à voir avec les abyssales profondeurs du réel… Et comme il y aura une toujours une conscience plus claire, une intelligence organisée plus grande qu’une autre, pourquoi ne pas croire à une conscience possédant une connaissance parfaite, une sagesse infinie ? C’est un grand débat, un grand sujet qui s’élève bien au-delà des horizons du placenta…

    Par contre, l’idée que la question spirituelle, en tant que démarche, relève, quelque part,ent du désir intime et subconscient du retour au placenta demeure extrêmement intéressante ; elle dépend peut-être justement du principe qui veut que l’on ne peut éprouver de la joie à boire un verre d’eau si on n’a pas connu la soif, cette privation, avant…

    • Guillaume Marchand Says:

      Je tiens à préciser que ce texte date déjà de plusieurs années, 3 ou 4, et lorsque j’ai décidé de le sortir des boules-à-mites pour le publier ici, je n’ai pas pris le temps de le digérer et le méditer. C’était déjà le fruit d’une réflexion très rapide, le lendemain de la discussion qui y est décrite. Le texte ne correspond pas tout à fait à ma conception arrêtée de la spiritualité, qui n’est pas du tout définie encore aujourd’hui.

      Mais n’empêche que depuis cette discussion, s’est raffermi en moi la conviction que j’ai depuis ma jeunesse, que nos expériences spirituelles et religieuses même, reposent en bonne partie sur des bases physiques, biologique. Ne serait-ce que sur les ondes que notre corps émet en permanence.

      Lorsque mon ami m’a parlé de cette idée, je me suis senti tellement vibrer, comme lorsque l’on sent que ce qu’on vient de nous dire est vrai, fait écho à quelque chose que l’on savait déjà inconsciemment et qu’on nous a remis en pleine face.

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